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  • PROCES CONTRE DES JOURNALISTES

    aveu

    Une défaite saluée comme une victoire en raison de la dépénalisation de fait du délit de presse

    par Joël Sylvain Rasamoely | 02/09/2010

    (MADA.pro) « Grande victoire pour la presse ». C’est par ce gros titre en première page que La Gazette de la Grande Ile annonce à ses lecteurs que le journal … a perdu le procès que lui a intenté Mamy Ravatomanga.

    En effet, le quotidien a été condamné à une amende de 200 000 ariary et au franc symbolique de dommages-intérêts par le tribunal correctionnel d’Antananarivo à la suite de la plainte déposée par l’opérateur économique malgache. Le plaignant a estimé qu’un article le concernant qui est paru dans La Gazette, est diffamatoire. Même s’il a été sourcé auprès du directeur général du Bianco, comme l’a indiqué au tribunal , les trois inculpés. Il s’agit de Lola Rasoamaharo (directeur de la publication), ,Rocco Rasoanaivo et Lambo Tahiry (tous les deux journalistes).

    Le journal claironne sa « victoire » car aucune peine d’emprisonnement n’a été prononcée par la juge, en dépit du réquisitoire du plaignant qui avait demandé l’emprisonnement de nos confrères. C'est que, il estime que, « plus jamais, aucun journaliste malgache ne sera emprisonné pour un délit de presse si on ne renie par le fait que le verdict d’hier fera jurisprudence à Madagascar ». Et d’ajouter : « C’est de cela qu’on peut parler de victoire de la presse malgache».

    Ainsi, le quotidien ne cache pas sa grande satisfaction pour la presse malgache de la décision de la Cour correctionnelle qui constitue à ses yeux comme une dépénalisation de fait du délit de presse. A ce sujet, il écrit :« On doit même féliciter cette magistrate d’avoir osé braver le refus des politiques tout en répondant aux aspirations de tout un monde, les journalistes eux-mêmes, les épris de liberté de la presse et les vrais démocrates qui depuis vingt ans, voient les multiples tentatives de dépénalisation du délit de presse se perdre dans les tiroirs des gouvernants ».

    La Gazette de la Grande Ile rappelle que les journalistes malgaches n’ont cessé de lutter pour la dépénalisation du délit de presse. Depuis la libéralisation politique de 1991, ils ont vainement tenté de remanier la loi n° 90-031 du 21 décembre 1990 portant code de la communication qui prévoit des peines d’emprisonnement pour les journalistes. Malgré les pressions des organisations internationales, l’appui des bailleurs de fonds et le souhait des professionnels locaux, les régimes successifs ont toujours usé de divers subterfuges pour empêcher la finalisation et l’adoption de ce code qui devrait enlever pour de bon les peines d’emprisonnement et adapter les amendes suivant la gravité du délit. « Les dispositions actuelles, note le journal, constituent le socle de la politique de la terreur des dirigeants politiques à l’endroit des journalistes pour que ces derniers se tiennent à carreau ».

    En mai 2005, l’Association Mondiale des Journaux (AMJ) avait d’ailleurs dénoncé le système à travers une lettre officielle envoyée à l’ancien président Marc Ravalomanana avec copie à Kofi Annan et Koïchiro Matsuura, alors SG de l’ONU et DG de l’Unesco respectivement, et une interpellation de l’ambassade de Madagascar à Paris. Cette initiative fait suite aux harcèlements judiciaires contre La Gazette qui est membre de l’AMJ. La présentation de la situation de La Gazette auprès du siège de l’association a décidé cette dernière de requérir un cabinet d’avocats britannique qui a formulé la lettre et initié toutes les démarches nécessaires. A part le cas de La Gazette, l’AMJ a demandé énergiquement la dépénalisation du délit de presse à Madagascar. C’est la raison de l’ampliation de la lettre aux institutions onusiennes qui recommandent la dépénalisation des délits de presse en vertu de la liberté de la presse inscrite dans la Déclaration universelle des droits de l’homme.

    Depuis, le code de la communication n’a pas été remanié si les enquêtes policières et les procédures judiciaires contre La Gazette se sont estompées. Du moins, jusqu’à ces derniers mois où elle se fait de nouveau traîner devant les tribunaux.

     

     

     

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