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    Florent Rakotoarisoa (au milieu) en compagnie de quelques membres du CCC

    Des membres du Comité consultatif constitutionnel se lancent des invectives dans les journaux

    Par Joël Sylvain Rasamoely | 23/09/2010

    (MADA.pro) S’estimant « écartés sans ménagement», deux membres du Comité consultatif constitutionnel, en l’occurrence Patrick Rajoelina et Joël Andriantsimbazovina, ont publié dans les colonnes des journaux une lettre ouverte au Président Andry Rajoelina. Répondant, également par le truchement de la presse, aux critiques acerbes qui ont été formulées, Florent Rakotoarisoa, président dudit comité, s’est montré particulièrement agressif à l'endroit de ces deux professeurs de droit exerçant en France.

    « Patrick Rajoelina et Joël Andriantsimbazovina sont des membres à part entière du Comité Consultatif Constitutionnel (CCC), et nous souhaitons leur venue parmi nous… ». Ces propos ont été tenus hier mercredi par le magistrat Florent Rakotoarisoa, président du CCC. Ainsi, celui-ci, a mis de l'eau dans son vin et s'est fait moins agressif et plus conciliant que mardi à l'endroit de ces deux professeurs de droit exerçant en France.

    En fait, Patrick Rajoelina (professeur de droit à l’École supérieure de journalisme à Paris) et Joël Andriantsimbazovina, (professeur agrégé de droit public, président délégué du Cercle des constitutionnalistes) ont été nommés membres du CCC. Mais, dans une lettre ouverte adressée au Président Andry Rajoelina et publiée samedi dans la presse, ils s’indignent de ne pouvoir participer, aux côtés de ses collègues du CCC, aux travaux de finalisation du projet de Constitution à l’issue de la Conférence nationale qui vient de se tenir.

    « Ainsi en a « décidé » votre entourage administratif immédiat, en contravention flagrante avec vos instructions, écrivent-ils au Président de la Transition. En effet, nous sommes « restés à quai », en Europe… à cause de sombres problèmes comptables (qui n’existent bizarrement pas, dès lors qu’il s’agit de payer des dizaines de milliers d’euros aux « consultants » occidentaux et africains venus apporter leur « expertise » à notre pays… pourtant plongé depuis près de deux ans dans une crise sans précédent !). Monsieur le Président, votre entourage administratif immédiat s’est joué de vous (peut-être par zèle, par peur ou par incompétence ?!) et n’a pas cru bon de tout mettre en œuvre pour nous permettre de participer à cette grande œuvre issue de la Conférence nationale que nous avons toujours appelée de nos vœux : offrir à nos Compatriotes une Constitution qui nous permettra, tous ensemble, d’aller vers l’apaisement de notre Société, le retour à l’ordre institutionnel et surtout la reconnaissance internationale. (…) Sachez que ce comportement désinvolte de votre entourage administratif nous a extrêmement choqués, beaucoup peinés et particulièrement meurtris. Nous sommes surpris par cet affront ».

    La lettre ouverte précise encore : « Nous avons naturellement accepté d’être nommés au sein du CCC au nom de l’idée que nous nous faisons de la Démocratie. Nous avons accepté d’y travailler loyalement en conservant notre liberté de penser, notre statut professionnel et, évidemment, notre résidence en Europe ! Notre engagement au sein du CCC était pour nous un acte patriotique, civique et pour tout dire, une mission sacrée à l’égard de nos Frères et Sœurs Malagasy et de la Terre de nos Ancêtres. Aujourd’hui, à cause d’un vulgaire problème comptable qui, nous le répétons, n’existe pas dès lors qu’il s’agit de faire venir, pour un coût particulièrement élevé, des «spécialistes » et autres « consultants » étrangers au chevet de notre Nation blessée, nous sommes traités sans aucun respect. Nous sommes ainsi écartés sans ménagement de notre mission à laquelle nous nous consacrons loyalement et dans la plus parfaite neutralité ».

    Il faut dire que Patrick Rajoelina et Joël Andriantsimbazovina ont surtout insisté sur le fait qu’ils ont été «écartés» non par le CCC, mais par l'entourage immédiat du Président de la Haute autorité de la Transition. Pour les éliminer, en effet, de la conférence nationale et des travaux s'y rapportant, on ne leur a adressé ni ordre de mission ni billets d'avion. Ce qui revenait à les condamner à rester en France, à un moment où on a le plus besoin d’eux à Madagascar.

    A ce propos, La Gazette de la Grande Ile écrit dans ses colonnes : «Les proches d'Andry Rajoelina ont tendance à éloigner les sujets brillants qui pourraient mettre en relief leurs propres insuffisances ou les supplanter. Ils les écartent donc dans les coulisses, contrairement aux instructions du chef de la transition mais à l'insu de ce dernier. Les reproches des « éliminés » se portent ensuite sur Andry Rajoelina, lequel pourtant est innocent dans l'affaire. Le fait survient plus souvent qu'on ne le pense… ».

    Le président du CCC a tenu à répondre à Rajoelina et Andriantsimbazovina à travers également une lettre ouverte, publiée mardi dans la presse. Il leur reproche en particulier de n’être pas toujours disponibles. A ce sujet, Florent Rakotoarisoa, écrit : «Depuis votre nomination au mois de mai dernier, alors que vous êtes censés être présents en permanence, comme tous les membres du Comité et travailler ensemble au sein du Comité, vous rangez au second plan votre engagement au CCC pour ne passer que quelques jours à Madagascar et être présents pour quelques séances au Comité. Et pourtant votre conscience ne vous gêne pas de gagner le salaire plein et d’autres indemnités comme vos collègues sur place, travaillant jour et nuit, samedi, dimanche, se rendant en mission hors de la capitale lors du « Dinika Santatra » L’un de vous, pour ces quelques jours de présence à Madagascar, consacre plus son temps à sillonner les villes des régions pour travailler pour le compte de son association ». Et de préciser : « Le professeur Patrick Rajoelina, venu à Madagascar par ses propres frais, une semaine avant la conférence nationale, n’a pas cru bon d’attendre l’avènement de celle-ci mais est réparti à l’étranger, par ses propres frais encore, quelques jours avant la conférence nationale. Il n’a rien réclamé parce qu’il sait qu’il n’en a pas le droit. Aujourd’hui, étrangement, il crie au scandale et exige que le Comité paie ses navettes, pour des motifs privés entre Antananarivo et Paris. Il y a des règles strictes et précises en matière de dépenses publiques et il est regrettable que des juristes de haut niveau les ignorent ou feignent de les ignorer. L’Etat ne finance pas les voyages ou autres occasions de dépenses à titre privé sans ordre de mission et ordre de route, il est illégal de payer ou de rembourser les frais de voyage et de séjour. Or, ces deux membres savent pertinemment qu’ils partent et reviennent de l’étranger en dehors de toute mission du CCC et donc sans ordre de mission ».

    Florent Rakotoarisoa a en outre tenu à préciser à Rajoelina et Andriantsimbazovina: « Contrairement à vos allégations mensongères et malveillantes, indignes de professeurs d’université, le CCC bien qu’ayant demandé des avis techniques de techniciens étrangers et nationaux, n’a encore déboursé un seul euro ou ariary pour la consultance ».

    Reste à savoir, après cet échange peu orthodoxe de lettres ouvertes, si Patrick Rajoelina et Joël Andriantsimbazovina vont finalement pouvoir réintégrer le Comité Consultatif Constitutionnel. Et ce, durant les quelques jours qui restent au CCC pour élaborer le projet de Constitution. Celui-ci devra être prêt bien avant la campagne référendaire qui débute le 2 octobre prochain soit dans moins d’une dizaine de jours.

     

     

     

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