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    Jean-Philippe Verdon (Photo "La Vérité" )

    Expulsion du "mercenaire"Jean-Philippe Verdon

    Par Joël Sylvain Rasamoely | 28/10/2010

    (MADA.pro) Considéré comme un mercenaire, Jean-Philippe Verdon, 52 ans, a été reconduit aux frontières nationales dans la nuit du mardi à mercredi, pour être mis à bord d’un avion en partance pour Paris. Ainsi, ce ressortissant français a été expulsé cinq jours après son arrestation à Antananarivo.

    Jusqu’ici, Verdon est surtout connu comme étant un homme d’affaires. Il possède à Madagascar une entreprise dénommée Cominas-Ianapera, qui est aujourd’hui en léthargie. Certaines sources indiquent même que cette dernière n’a plus d’activités et a fermé ses portes.

    Dans le passé, Verdon a eu maille à partir avec l’entrepreneur français Alain Moyon qui a la réputation, fondée ou non, de pouvoir faire expulser du territoire malgache les opérateurs économiques étrangers de la Grande Ile qui s’opposent à lui. C’est ainsi, semble-t-il, que Verdon a déjà été expulsé à deux reprises. La première fois par le gouvernement de Didier Ratsiraka, après avoir été proche de l’amiral-président. Et la seconde fois par le gouvernement de Marc Ravalomanana en 2008.

    Depuis cette date, l’’homme d’affaires français est en outre frappé d’interdiction d’entrée sur le territoire malgache. Cependant, il a pu entrer librement dans le pays ces derniers mois, à partir de l’aéroport international d’Ivato. Et ce, avec la complicité des responsables de la Police de l’air et des frontières (PAF). En fait, Verdon a pu franchir les frontières malgaches le 4 mai puis le 9 mai en 2009 ; le 23 septembre, le 12 octobre et le 19 octobre de cette année. On se perd en conjectures quant aux raisons de ce va-et-vient récent.

    Il est probable que Verdon ait été arrêté pour violation de la loi sur l’entrée et le séjour des étrangers. Mais, pour le quotidien Ma-Laza, l’explication de l’arrestation est à chercher ailleurs. « Ce problème, écrit-il, s’apparente à un conflit d’intérêt. Philippe Verdon aurait en effet nui aux affaires de certains opérateurs économiques de même nationalité que lui ». Mais, les médias officiels et proches du pouvoir, ont pour leur part indiqué que l’arrestation et l’expulsion de l’homme d’affaires sont justifiées par le fait que celui-ci est un mercenaire qui a voulu attenter à la vie du chef de la transition, Andry Rajoelina.

    A ce sujet, La Gazette de la Grande Ile a écrit dans ses colonnes : « Le gouvernement malgache se débarrasse ainsi d’un boulet encombrant puisque le maintien en détention du prétendu « mercenaire » pourrait provoquer des problèmes si il s’avère que l’homme est vraiment ce qu’on prétend l’être. On peut voir ses « amis » rappliquer pour le libérer ou manœuvrer pour presser l’Etat malgache en vue de l’obtention de sa libération ». Et d’ajouter : «On ne sait pourquoi Monja Roindefo cherche à le protéger. Bizarre ».

    Il faut dire que l’ancien premier ministre de la Transition est une connaissance de Philippe Verdon. A ce propos La Vérité écrit : « Dans un communiqué que ses proches ont récemment envoyé à des salles de rédaction de la Capitale, Monja Roindefo a déclaré urbi et orbi que la décision, portant interdiction d’entrée sur le territoire national de Philippe Verdon, a déjà été levée. Ce qui l’a amené à traiter le régime de Transition de tous les mots et maux, jusqu’à le qualifier de fouler au pied la légalité, suite à l’arrestation de ce ressortissant français qui a été taxé de franchissement illégale des frontières nationales. D’ailleurs, dans son discours sulfureux à Toamasina de samedi dernier, cet ex – Premier ministre de la Transition n’a point mâché ses mots pour carrément diaboliser l’actuel pouvoir, à cause de cette affaire. En d’autres termes, Monja Roindefo a voulu faire valoir, aux yeux du monde entier, que le régime de Transition a été en train d’infliger des mesures abusives contre un… « agneau », « doux » et « clean » jusqu’au bout des ongles ».

    Sur le même thème, Ma-Laza avance: « Les observateurs se demandent maintenant si l’affaire Philippe Verdon ne vise directement l’ancien PM Monja Roindefo dans sa campagne anti-référendum ».

    A cause de cette affaire, le commissaire de police Jean Brunel Razafindrahofa, responsable de la Police de l’air et des frontières, a été limogé. Dans sa chute, il a voulu entraîner avec lui son chef hiérarchique, en l’occurrence Organès Rakotomihantarizaka, ministre de la Sécurité intérieure. Selon son subordonné, celui-ci l’aurait enjoint de considérer Philippe Verdon comme un passager normal et de le laisser tranquille lors de son arrivée à l’aéroport d’Ivato.

    Le membre du gouvernement a répondu à cette accusation en déclarant : « Je n’ai jamais donné ordre à quiconque de passer outre cette interdiction d’entrée de Philippe Verdon. D’ailleurs, comment voulez-vous admettre que j’aurais autorisé cet individu à entrer dans le pays alors qu’il aurait mijoté de faire tomber l’actuel régime de Transition, dont je fais pourtant partie intégrante ? Je ne vais quand même pas autoriser quelqu’un à me déboulonner de mon piédestal » Et de préciser : « Je ne suis pas un élément indigne de confiance au sein du régime de Transition. Cet incident n’a pas pu atteindre ma fidélité envers le pouvoir actuel ».

    Il faut dire que le passé de Philippe Verdon ne plaide pas en sa faveur. Il y a quelques années aux Comores, celui-ci a fait parler de lui en tant que mercenaire. En fait, il a été écroué à la Maison d’arrêt de Moroni en novembre 2003, en compagnie de son compatriote Pascal Lupart et de l’avocat franco-comorien Saïd Larifou Les trois compères étaient accusés d’avoir préparé une opération de déstabilisation contre le pouvoir et incité à la violence un mois auparavant.

    Les reportages des envoyés spéciaux de la presse internationale à l’époque nous permettent aujourd’hui de relater l’aventure de l’homme d’affaires français dans l’archipel comorien. Ainsi, Philippe Verdon est présenté par les autorités de Moroni comme un mercenaire. Il s'en défend et argue qu'il a même été réformé du service militaire pour raisons médicales.

    Mais, il est rapporté que Philippe Verdon a rencontré Bob Denard, le célèbre mercenaire aujourd’hui disparu qui a régné en maître absolu aux Comores pendant plusieurs années. Contacté à l’époque par une agence de presse, Bob Denard a confirmé qu’il connaissait Philippe Verdon. Il a en outre déclaré l’avoir rencontré «plusieurs fois» à Paris mais il a dit ne savoir ni quand ni par qui il lui a été présenté. Verdon n’est, selon lui «pas un soldat» mais un homme qui «faisait des affaires», sans donner plus de détail. A l’époque, ce dernier vit entre Madagascar, où il a des affaires, et la France. Par ailleurs, il est défendu par Me Alexandre Varaut, connu pour avoir fait partie de l'équipe de défense de Bob Denard.

    Pascal Lupart, gérant de société à Bordeaux (France), qualifié également de mercenaire, s'est trouvé embarqué dans cette histoire par Verdon. Celui-ci l'aurait convaincu des avantages qu'il y avait à se trouver aux côtés d'un homme politique africain à la veille de sa prise de pouvoir.

    Le ministre comorien de la Défense évoque comme pièces à conviction «le contenu de l’ordinateur saisi sur Philippe Verdon», ou encore «l’enregistrement» d’une conversation entre un officier de l’armée comorienne et Philippe Verdon, à l’insu de ce dernier. Cet enregistrement indique que, se présentant comme émissaire de la France, Philippe Verdon contacte le commandant Ayouba Combo, numéro trois de l'état-major comorien et rare haut gradé revendiquant un long compagnonnage avec Bob Denard. Verdon lui parle, au nom d'amis communs, sans jamais citer l'ex-mercenaire, de la nécessité de changer de régime. « Comment, et que proposez-vous ? » Verdon imagine un scénario à la malgache : entretien d'une pression populaire avec le soutien de la communauté internationale, puis celui de l'armée.

    La tentative d’opération de déstabilisation menée en terre comorienne remonte à 2003. Sept ans après, Philippe Verdon a-t-il voulu rééditer la même opération à Madagascar ? On ne le saura sans doute pas car ’il n’y aura pas de procès de « l’affaire Philippe Verdon », faute d’accusé…


     

     

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