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    Mme Irène Andréas, ministre du Tourisme et de l'Artisanat

    Irène Andréas : « Le tourisme a la vocation d'être un noyau dur du développement »

    Propos recueillis par Thompson Andriamanoro | 01/10/2009

    (Mada) Mme Irène Andréas est la ministre du Tourisme et de l'Artisanat de la Transition. Au cours d'une interview exclusive accordée à Mada, elle évoque notamment sa conception à propos du développement du tourisme malgache.

    O Mada : Après avoir connu maints et maints rattachements, le Tourisme forme aujourd'hui une paire inédite avec l'Artisanat. Est-ce enfin la … combinaison gagnante ?

    Mme Irène Andréas : C'est en tout cas une opportunité pour lancer et le tourisme, et l'artisanat. En fait les deux sont liés depuis toujours, puisqu'un touriste qui visite un pays ne manque jamais de ramener chez lui des objets-souvenir. Je dirai aussi que les tendances montantes du tourisme moderne, pour ne citer que l'écotourisme, le tourisme solidaire, ou encore le tourisme équitable ont parmi leurs objectifs prioritaires celui de favoriser les populations locales par la promotion de diverses activités et sources de revenus, dont l'artisanat. Oui, je dirai que cette combinaison est un bon choix. Quand le tourisme se développe, l'artisanat accompagne le mouvement.

    O Cet artisanat a toujours fait honneur au pays dans tous les salons et autres expositions auxquels il a participé aux quatre coins du monde. Cela ne doit pas occulter certains problèmes qu'il vit au quotidien…

    Il y a environ 1 200 000 artisans à Madagascar, de l'artisanat villageois ou paysan jusqu'à son niveau le plus sophistiqué et certains aspects de la décoration d'intérieur. C'est énorme. Il faut parvenir à une meilleure structuration de cette activité, avec notamment l'appui technique du CENAM. Des Centres régionaux de l'artisanat seront mis en place avec pour mission de sensibiliser, rassembler, former les paysans. Un problème très réel est que nos artisans sont souvent très indépendants de nature ! Or, tant qu'ils ne ressentent pas le besoin et l'intérêt de se regrouper, il ne sera pas facile d'appliquer une politique nationale d'assistance à l'artisanat.

    Au niveau des marchés internationaux je tiens à saluer le partenariat existant avec la Maison de Madagascar à Macao, les objectifs principaux étant de favoriser les échanges avec les pays-cibles et faciliter les participations aux foires et salons du tourisme et de l'artisanat.

    O Des défendeurs de l'environnement pointent aussi du doigt certains artisanats dont la sculpture. Pour dire les choses telles qu'elles sont, l'art zafimaniry qui est pourtant un des fleurons de notre artisanat commence à poser problème…

    C'est clair qu'il n'est de l'intérêt de personne, surtout pas des sculpteurs, de voir la forêt reculer et peut-être disparaître. Ce serait tout simplement suicidaire pour eux. Mais le faire admettre nécessite toute une éducation et un changement profond des mentalités. Il nécessite aussi une recherche de solutions de rechange comme dans certaines régions-pilote où les sculpteurs n'utilisent plus que du bois mort. Il y a aussi le cas des arbres déjà abattus frauduleusement et saisis. Nous négocions actuellement pour qu'ils soient en partie réorientés vers les artisans. Ce sera déjà ça de gagné sur d'autres coupes sauvages.

    O Nous en arrivons tout naturellement au tourisme. On a comme l'impression qu'il concentre tous les espoirs en ces lendemains plutôt douloureux de crise?

    Le président de la Haute Autorité de la Transition a publiquement reconnu que le tourisme est l'un des tous premiers secteurs qui peuvent développer l'économie du pays. Et comme c'est un secteur transversal qui entraîne beaucoup d'autres dans son sillage, il a la vocation d'être un noyau dur du développement. En cette période de sortie de crise, le tourisme est, de toutes les activités économiques, celle qui peut se relever le plus rapidement.

    O Il y a tout de même ce volet sécurité qui n'est pas encore tout à fait rétabli ?

    Concernant les avis dissuasifs des chancelleries étrangères, il reste encore quelques réticences principalement sur le cas de la capitale. Pour les provinces, les vols directs reprennent, cas de Nosy Be avec les charters d'Air Italie et de Neos. Morondava pour prendre un autre exemple commence aussi à retrouver ses touristes… C'est vrai que la sécurité est le maillon le plus délicat de tous les tourismes du monde, à tel point que beaucoup de pays en situation tout ce qu'il y a de plus normal choisissent de faire fonctionner des polices touristiques. Pour ce qui nous concerne particulièrement, nous collaborons avec les autres ministères et les forces de l'ordre via une commission permanente. Les tours opérateurs par exemple sont invités à signaler leurs itinéraires et destinations pour que les postes de gendarmerie puissent se mobiliser notamment dans les Parcs. Il peut arriver à ces derniers de déconseiller tel ou tel endroit quand ils estiment qu'il peut être difficile d'y assurer la sécurité.

    O Qu'en est-il des différentes « task forces » dans lesquelles le tourisme est partie prenante ?

    Ce sont des cellules de travail destinées à gérer au mieux possible aussi bien la situation du moment que les perspectives. Il y en a une par exemple au niveau de l'Office National du Tourisme, axée sur la relance du secteur et la nécessaire complémentarité de toutes ses composantes. L'Association des Tours Opérateurs Professionnels a aussi sa cellule avec pour objectif de parvenir à des offres fermes, sécurisées, et compétitives à proposer aux émetteurs. Une « task force » de grande envergure a enfin été initiée par la Primature et regroupe tous les départements à caractère économique qui ont été durement frappés par la crise. Elle a parmi ses tâches celles de recréer un climat économique favorable, de sécuriser les investissements, de limiter l'impact de l'inflation au niveau de la population, ainsi que de redynamiser les Chambres de commerce dans l'ensemble du pays.

    O Parlez-nous des principaux « chantiers » du Ministère ?

    Concernant la promotion des investissements, il importe de retoucher le Code du tourisme dans le sens de l'allégement de certaines procédures sans pour autant porter atteinte à la protection environnementale. Nous sommes en train de mettre en place avec l'Economic Development Board of Madagascar et le projet Pôles Intégrés de Croissance (PIC) tout ce qui a trait à une meilleure visibilité sur les terrains domaniaux et les zones foncières. Une collaboration est aussi nécessaire avec l'Aménagement du Territoire pour apurer tous les terrains qui ont été spéculés. S'il n'y a pas de construction dans les deux ans par exemple, que lesdits terrains retournent à l'Etat.

    Concernant la promotion qui se fait déjà au quotidien avec l'Office National du Tourisme et les Offices Régionaux, nous prévoyons de tenir les Assises Nationales du Tourisme en novembre. Elles seront précédées par des « Pré-Assises » dans le cadre de la traditionnelle Journée mondiale du tourisme en septembre.

    En matière de formation nous travaillons avec le PIC sur des référentiels, au nombre de huit environ, qui permettront de catégoriser avec précision les sortants de l'Institut National du Tourisme et de l'Hôtellerie (INTH), et d'harmoniser toutes les formations à Madagascar. Car les instituts privés doivent aussi être mis aux normes. A mon avis, un modèle à suivre est celui du Centre de Formation du Tourisme et de l'Hôtellerie de Nosy Be (CFTH). Le Groupement Interprofessionnel de l'Hôtellerie et du Tourisme de Nosy Be s'est beaucoup impliqué pour soutenir sa création par certains de ses membres dont je tiens à saluer le travail. Le Conseil Général de l'Oise et le Conseil Régional de Picardie ont apporté une importante assistance morale et financière, de même que la Commune Urbaine de Nosy Be et la Région Diana. La réfection de la route menant au centre et à son hôtel d'application, le Lokobe Lodge, est à mettre au crédit du projet PIC qui a également participé à son équipement. Cette pluralité des sources de financement doit inspirer l'INTH afin de lui permettre d'avoir d'autres ambitions, dont celle de devenir un vrai Centre National des Métiers du Tourisme.

    Je mentionnerai aussi parmi les perspectives la mise en place d'un Fonds de Développement du Tourisme, à alimenter par exemple sur les dividendes des sociétés hôtelières d'Etat, ou encore sur un prélèvement sur les arrivées touristiques comme cela se fait dans beaucoup de pays.

    O Votre mot de la fin, Madame le Ministre ?

    Madagascar reste une destination recherchée et appréciée, notre Tourisme a son avenir. Seulement, et surtout dans le contexte actuel, il faut jouer la carte de la solidarité aussi bien au niveau de l'administration que du privé. Une chose me réjouit, je n'ai ressenti aucun défaitisme chez les opérateurs dont beaucoup ont pourtant touché le fond de la vague pendant ces mois de crise. Ils sont prêts comme toujours à pleinement assumer leur rôle…

     Evolution des arrivées des visiteurs non résidents aux frontières

     

    2006

    2007

    2008

    2009

    Janvier

    19 908

    20 138

    23 594

    18 785

    Février

    16 089

    16 639

    18 593

    9 526

    Mars

    22 294

    23 834

    25 975

    11 172

    Avril

    24 667

    25 752

    27 850

    11 670

    Mai

    25 765

    26 354

    28 775

    12 467

    Juin

    23 733

    28 857

    31 698

    13 624

    TOTAL

    132 456

    141 574

    156 485

    77 244

    Recettes en millions de DTS

    67,02

    85,42

    93,89

    46,34

    Recettes en milliards d’Ariary

    211,15

    238,23

    243,64

    146,43

    Recettes en millions de Dollars

    99,31

    130,89

    142,64

    69,59

     

     

     

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