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    A gauche: l'ouvrage d'Alain Couturier sur Marcel de Coppet. A droite: En août 1929 au Tertre, Gide et Martin du Gard entourent Marcel de Coppet et revoient sa traduction de Old Wive's Tale de Bennet

    Marcel de Coppet, un gouverneur des colonies qui aimait les Lettres

    Par Richard Claude Ratovonarivo | 2011

    (MADA.pro) Gouverneur des colonies, Marcel de Coppet apparaît à diverses reprises sous les projecteurs de l’histoire coloniale française. Connu pour ses luttes contre les abus coloniaux, instigateur du Voyage au Congo de Gide, qui provoqua à l’époque un scandale ; il a également été l’artisan de la politique du Front populaire en Afrique noire. Mais aussi le témoin privilégié de la mainmise de Vichy sur Madagascar et un acteur de premier plan dans les péripéties de l’insurrection de la Grande Ile en 1947.

    La lecture de l’ouvrage d’Alain Couturier nous apprend que Marcel de Coppet a été attiré par Madagascar dès son jeune âge. Etudiant en droit, il apprend le malgache pendant trois ans à l’Ecole des langues orientales ;

    A 27 ans, il réussit à être affecté à Antananarivo. Pendant deux ans, il y occupe le poste d’attaché au cabinet du gouverneur général Victor Augagneur, celui qui a succédé au général Gallieni.

    A 60 ans, alors que la seconde guerre mondiale secoue le monde, il revient à Madagascar en tant que gouverneur général. Mais, il n’y reste que dix-huit mois. Son séjour est écourté car il est démis de ses fonctions. C’est que, on lui reproche d’avoir trop docilement remis le commandement de Madagascar aux autorités françaises de Vichy, inféodées aux Allemands envahisseurs de la France. Au moment même où l’on assiste au ralliement progressif des territoires de l’Empire française à la France Libre. A ce sujet, Alain Couturier écrit : « De Coppet aurait-il pu rallier la Grande Ile à De Gaulle ? ».Un bon historien de la question, Eric Jennings, estime que « …rien ne prédisposait Madagascar à tomber dans le camp de Vichy. Au contraire, son isolement de tout autre territoire français hormis la Réunion et les Comores, sa proximité avec l’Afrique orientale anglaise, auraient dû logiquement la faire rejoindre la France Libre dès 1940. L’anglophilie de certains Malgaches, spécialement dans les milieux protestants Merina, aurait pu également jouer un rôle, si la population avait été consultée, ce qui ne fut pas le cas ».

    A 64 ans, De Coppet se retrouve de nouveau à Madagascar. Nommé Haut-commissaire (nouveau titre des gouverneurs généraux après la grande guerre), il est chargé d’une mission, d’une durée estimée à six mois, comportant deux chapitres : organiser l’élection des assemblées locales prévues par la nouvelle Constitution française, au titre des mesures d’autonomie de gestion des nouveaux Territoires d’Outre-Mer et neutraliser en même temps les menées indépendantistes du parti nationaliste MDRM. Selon Alain Couturier, cette nomination est loin d’être un retour en grâce. De Coppet en est d’ailleurs conscient, si l’on en croit les propos rapportés dans le livre par l’un de ses proches : « Nous dînons ensemble avec Gide, raconte ce dernier. De Coppet vient d’être nommé gouverneur général de Madagascar. L’atmosphère est un peu tendue. Cette nomination est nettement une disgrâce, et De Coppet est du reste le premier à le souligner ».

    En décembre 1947, c’est la fin de la mission de Marcel de Coppet à Madagascar ; fin de carrière également ; fin de vie proche aussi.

    L’intérêt de cet ouvrage réside dans le fait qu’il retrace, avec beaucoup de clarté et d’une manière fort documentée, la carrière politique de Marcel de Coppet. Mais aussi sa vie privée assez mouvementée qui semble avoir influencé, d’une manière néfaste, sur son comportement politique en vieillissant.

    Par ailleurs, l’auteur s’attache aussi à parler d’une facette peu connue de la vie de son personnage : celle d’un homme épris de littérature, proche de Gide et intime de Roger Martin du Gard. Ces derniers sont des grands écrivains français qui ont tous deux obtenu le Prix Nobel de la littérature.

    A travers le récit d’Alain Couturier, l’on découvre que De Coppet a aussi aimé écrire. Il a tenu un volumineux journal sur les péripéties de sa vie qui est à la croisée de l’action coloniale et de la vie intellectuelle et littéraire. Mais, ce journal ne sera pas édité car son auteur a préféré le détruire peu avant sa mort.

    Au fil du récit, l’on apprend, par ailleurs, que De Coppet a été toute sa vie le conseiller littéraire de Roger Martin du Gard. A la lecture des correspondances échangées par les deux hommes, qui ont été publiées dans le livre, l’on peut même se demander si De Coppet n’était pas tout simplement le « nègre » de Roger Martin du Gard.

    Si tel est le cas, Marcel de Coppet aura été un homme de lettres manqué qui s’est égaré dans les méandres de la vie politique coloniale .

    O « Le Gouverneur et son miroir - Marcel de Coppet (1881-1968) » par Alain Couturier. L'Harmattan (France). 206 pages. Format 13,5 x 21,5cm.

     

     

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