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    L'auteur et son ouvrage

    Le témoignage d’un écrivain engagé

    Par Joel Sylvain Rasamoely | 2011

    (MADA.pro) L’écrivain malgache Raharimanana, 41 ans, s’est jusqu’ici distingué comme un nouvelliste, un romancier et un auteur de pièces de théâtre. Mais, il nous montre aujourd’hui une autre facette de ses talents en matière d’écriture : celle d’un essayiste.

    Le dernier ouvrage de Raharimanana, en l’occurrence Madagascar 1947, est en fait un essai sur l’insurrection contre la colonisation française qui a eu pour cadre la Grande Ile, il y a 62 ans. Il relève d’une quête de mémoire qui obsède l’auteur.

    « Ma mémoire demande des comptes à la « mère patrie », précise celui-ci. Redécouvrir la page blanche de la mémoire sur cette insurrection reste toujours un choc. Fallait-il effacer les traces ? Fallait-il nous épargner ce retour vers les temps des confusions, ». Et de préciser : « Sur ma peau, la marque de l’histoire que je ne peux pourtant interpréter, la marque du passé dont je ne m’explique l’origine (…). Que raconter du geste du colonisé, ce prétendu vaincu ? Comment rendre compte du regret ou même de l’aigreur du colon, - ex-colon, ce prétendu vainqueur ? (…) Aux lendemains des libertés, un tel désir d’étouffer la transmission, une si évidente tentative d’orienter l’enseignement, une si grossière version des luttes passées… Les traces écrites inaccessibles, seule la légende des rebelles circulait de bouche en bouche, dans le chuchotement ou l’éclat des rumeurs, dans la crainte – toujours, de l’oppression ; comment croire en de telles épopées ? Serait-ce ce qu’on appelle mémoire ? ».

    Plus loin, Raharimanana est plus catégorique : « On sait que les voix des victimes ne sont pas audibles, non pas parce qu’elles ne veulent pas parler mais parce qu’on ne veut pas les écouter, ce qu’elles racontent dépasse tellement l’entendement qu’on ne peut pas, on ne veut pas y croire ».

    Il ajoute, par ailleurs, que « pendant longtemps, seul l’oppresseur a donné sa version des faits, ou tout au moins seul le tortionnaire a été habilité à raconter et à fixer les événements ».

    Raharimanana estime donc qu’il appartient maintenant aux Malgaches d’effectuer leur travail de mémoire et de faire entendre leur parole.

    Dans ce contexte, il se penche sur les rapports entre colonisés et colonisateur, entre pouvoir actuel et passé, sur le silence de part et d’autre, sur l’écriture de l’histoire par le Nord et la nécessité d’interroger cette histoire par le Sud.

    A coup sûr, l’ouvrage est un témoignage d’un écrivain engagé.

    « Madagascar, 1947 » par Raharimanana. Coédition Vents d’ailleurs (France) et Tsipika (Madagascar). Format 15 x 18 cm.

     

     

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