A la une

  • ACTUALITE LITTERAIRE

    Mouyon

    Jean-Claude Mouyon (photo Bernard Fournier)

    Disparition de Jean-Claude Mouyon, l'écrivain qui s’est fondu dans le paysage du Sud malgache

    Par son éditeur et ami Pierre Maury | 25/12/2011

    (MADA.pro) L’écrivain et journaliste Jean-Claude Mouyon est décédé la semaine dernière à La Réunion, où il a été inhumé. Né en 1955, il s’était installé dans le Sud de Madagascar il y a une vingtaine d’années. Il s’est inspiré de la vie locale dans plusieurs romans et dans des chroniques. Une partie de son œuvre reste à paraître.

    En France, il avait été rédacteur en chef d’un magazine urbain. Il y jouissait d’une appréciable liberté, mais c’est dans l’écriture qu’il allait véritablement trouver sa voie. Par les poèmes de Bonjour le monde d’abord, dès 1977, puis surtout en devenant dramaturge, pour la scène et la radio, scénariste aussi.

    Si l’écriture a été la part la plus visible de son existence, il l’a aussi utilisée pour mettre en évidence la part la plus intime : c’est à Madagascar qu’il a choisi de vivre, c’est de là qu’il lançait ses textes vers le monde pour dire le sien, de monde, c’est là aussi qu’il a publié des romans à partir de 2007.

    Quand il est arrivé, il était pourtant encore journaliste. En compagnie d’un ami photographe, il réalisait des reportages pour des magazines européens ou suivait pour L’Express, au jour le jour, dans des conditions de travail indescriptibles, un raid à travers la Grande Île.

    Peu à peu, il s’est fondu dans le paysage du Sud, a fondé une famille, a acheté de nouveaux cahiers avec l’ambition de reproduire ce qu’il voyait et que sa vision d’artiste transformait, il n’a plus songé à repartir.

    En 2007, il a ainsi publié, à la Bibliothèque malgache, son premier roman : Roman vrac, trilogie. Habités par des perdus de l’existence, Tai Be, l’Archi, LR, Caca Citron, le narrateur et tant d’autres… Il faut les voir pour croire en leur destinée au fin fond de nulle-part-sur-rien dans le Sud squelettique de Madagascar. En prise directe avec le quotidien de leurs amis autochtones et la réalité abrupte d’un pays à la fois magique et désespérant. Une relation passionnelle. Roman vrac reflète les affres mais aussi les joies que connaissent les étrangers du monde entier.

    En 2009, Beko ou La nuit du Grand Homme évoquait le chant polyphonique pratiqué dans les régions Sud de Madagascar. Généralement interprété par un groupe d’hommes, nommés sahiry, composé d’un récitant et de choristes, le beko se chante a capella.

    Perpétué depuis la nuit des temps par les ethnies du Grand Sud, il fait résonner sa litanie répétitive et gutturale durant les nuits où amis et famille du défunt sont réunis devant des feux et des bassines de rhum pour accompagner l’esprit du mort dans sa marche vers l’Est, là où vivent les ancêtres.

    Beko, le roman, n’est en rien une explication ethnologique du culte des ancêtres mais l’appropriation par une fiction d’un fait social et culturel.

    Sur le thème d’une histoire policière inspirée d’un fait divers réel, Beko ou La nuit du Grand Homme se veut aussi un chant, une musique à la fois tendre et violente dédiée à l’extrême Sud de Madagascar et aux hommes libres qui y vivent, ceux qui souffrent mais ne pleurent jamais.

    La même année, Jean-Claude Mouyon donnait Carrefour, un livre bref mais bourré de dynamite. Il se passe au cœur du cœur d’une ville dont le nom n’est pas donné (mais il est sur toutes les lèvres), c’est-à-dire près d’une gare routière, à la fin d’une route nationale que croise une rue plus locale grouillant de vie. Particulièrement ce jour-là, puisque s’y déroulent en même temps la préparation d’une campagne électorale et l’arrivée d’un reggaeman de réputation internationale.

    En 2010, sans abandonner la région qui lui tient à cœur avec ses habitants, il renouait avec la forme de la trilogie pour L’Antoine, idiot du Sud. L’auteur s’est amusé à jeter les bases de ce qui aurait pu constituer un seul roman, à jeter des fils et brouiller les pistes pour au final laisser le lecteur face à une œuvre abandonnée à son propre devenir. Un personnage et ses proches. Le Sud. Le quotidien. Trois ingrédients récurrents dans chacune de ces histoires qui sont autant de déclinaisons d’une idée romanesque reposant sur un unique socle. L’idée étant d’en avoir plusieurs et d’en proposer autant…

    Alors qu’il était soigné, ces derniers mois, pour la maladie qui allait l’emporter, il était obsédé par l’idée de reprendre Le jour où j’ai failli, les chroniques qu’il donnait depuis un certain temps aux Nouvelles, et dans lesquelles il donnait, à sa manière, des… nouvelles du Sud, forcément du Sud. D’une scène observée dans la rue, il faisait une saynète comique ou morale. D’une idée qui l’avait traversé de manière fugitive, il faisait une conversation qui avait toutes les allures d’une réalité décalée. Tout faisait farine à son moulin, il tamisait et ne conservait que le meilleur.

    A sa famille et à ses proches, il va cruellement manquer. Aux autres, il laisse ses livres.

    SUR LE MEME SUJET: Tous les livres électroniques de Jean-Claude Mouyon dont "Roman vrac, trilogie" en lecture gratuite jusqu'au 31 janvier 2012

    Lire sur Bibliothèque malgache

     

     

Imprimer Retour

 

pub

 

pub

 

pub