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    Analamanga, un autre tourisme?

    Par Thompson Andriamanoro | 04/12/2009

    (Mada) Au début, Analamanga, l’Itasy, et le Bongolava relevaient d’un seul office du tourisme. C’était somme toute logique puisque sur plusieurs plans allant de la géographie physique à l’économie en passant par la culture et la composante humaine, ces régions pouvaient être considérées comme les éléments complémentaires d’un même ensemble : celui des Hautes terres centrales de Madagascar. Aujourd’hui que l’Itasy, riche de ses lacs et de ses volcans éteints, a créé son propre office du tourisme, l’ORTANA se concentre désormais sur la seule région d’ Analamanga, ce qui est loin d’être une portion congrue. Ne serait-ce que parce que la capitale et ses presque deux millions d’habitants en sont le plus gros morceau. Et que grâce au programme de prospection, d’animation, et de promotion menée par cet office régional du tourisme, Analamanga se libère petit à petit de certaines idées préconçues qui ne veulent en faire qu’un lieu de transit.

    Plusieurs composantes se retrouvent au sein de l’Office Régional du Tourisme d’Analamanga (ORTANA). Citons notamment la Commune urbaine d’Antananarivo, la Direction régionale du Tourisme, l’Office National pour l’Environnement, celui des Arts et de la Culture, Madagascar National Parks, ainsi que ces entités professionnelles que sont les associations des tours opérateurs (TOP), des agences de voyage (AAVM), des loueurs de voitures (GLVM), des hôteliers et restaurateurs de la capitale (ASHORT), l’Institut National de Tourisme et d’Hôtellerie (INTH) et la Section de la Fédération des Hôteliers et Restaurateurs de Madagascar (FHORM). Ce panachage est déjà en soi une application du concept de partenariat entre les secteurs public et privé. C’est en fonction des informations et visions apportées par chacun que la Direction exécutive de l’Office élabore ses Plans d’Actions annuels.

    UN TOURISME A VOCATION HYBRIDE…

    L’ORTANA est avant tout une interface entre plusieurs intervenants pour ne citer que les opérateurs touristiques, les investisseurs en quête de données, les services publics, les touristes eux-mêmes, les artisans, et aussi et surtout les communautés locales. Au fond des campagnes, il s’agit en quelque sorte de préparer ces dernières à être de véritables acteurs du tourisme dans les domaines de l’hébergement chez l’habitant, du guidage, des repas du terroir, ou des traditions culturelles. Ceci entre parfaitement dans les recommandations du Tourisme solidaire lequel, sur le plan international, s’affirme de plus en plus face à un tourisme qui ne profiterait en fin de compte qu’aux visiteurs.

    Sur 10 touristes approchant les bureaux de l’Office, 2 ou 3 seulement ont des griefs. Le reste est « positivement intéressé », cherche des conseils, avec l’impression de ne pas vouloir passer à côté de l’essentiel. Une certaine psychose incitant à « fuir » la capitale s’estompe. Il arrive aux services d’accueil de l’ORTANA de conseiller les touristes sur la totalité de leur séjour à Madagascar. Et on remarque non sans plaisir que le fait pour eux d’être de nouveau à Tanà après leur périple est souvent ressenti comme un retour à la maison !

    Les visiteurs s’intéressent de plus en plus à Antananarivo et sa région. Le tourisme des Hautes Terres, aux dires de Miandriarijaona Razafimahefa , directeur exécutif de l’ORTANA, a une vocation hybride : villégiature de repos et de découverte, puis tourisme socioculturel touchant parfois au mythique et à l’insolite. Quand un guide compétent emmène un visiteur pour un Tour de la Ville des Mille et qu’il fait sentir que chaque pierre et chaque angle ont leur signification et leur message, ce visiteur voit désormais Antananarivo avec un autre regard. Il se sent introduit dans le secret de ces vieilles bâtisses et dans l’intimité des grands personnages qui y habitaient. L’ensemble de la campagne de l’Imerina pour sa part forme une séduisante mosaïque de paysages avec cet appréciable avantage de ne pas être trop éloigné des commodités des centres urbains. Et à la fin de son séjour malgache il en sera convaincu : visiter Madagascar ne saurait être complet sans s’intéresser à Antananarivo et sa région. Une région à même d’être soit un complément plus que valable des autres régions notamment du littoral, soit, pourquoi pas et selon les motivations de tout un chacun, une destination à part entière.

    UNE TERRE PROMISE DE LA RANDONNEE

    Tout au long de cette année 2009, l’Office Régional du Tourisme d’Analamanga a organisé des randonnées mensuelles ciblant à la fois les nationaux, les étrangers résidents, et les touristes – plutôt rares durant les mois de crise politique – dont le calendrier coïncidait avec une sortie programmée. Le succès était total aussi bien auprès des étrangers qui même chez eux sont des « accros » du tourisme de nature, que des Malgaches heureux et fiers de redécouvrir leur propre identité. Parmi les localités programmées on citera Ambatomanga, Antsahadinta, Babay et Lohavohitra (ce n’était donc pas seulement un dicton !), Iharanandriana, Ambohidrabiby et ses environs, Ambohimanga « abordée » d’une manière assez inédite via Lazaina et Amboatany, Alasora et les hauteurs d’Ambohitrandriananahary…de quoi faire dire à Miandriarijaona Razafimahefa non sans une légitime satisfaction : « Si certains parlent aujourd’hui de la Réunion comme de la Mecque des randonneurs, d’autres ne tarderont pas à voir dans l’Analamanga leur Terre Promise ! »

    Le choix de ces itinéraires se fait suivant quatre critères : l’accessibilité, les centres d’intérêts à découvrir, l’existence d’un minimum d’infrastructure, ainsi que le concours d’interlocuteurs possédant parfaitement la destination, notamment sur le plan historique puisque c’est un des points forts d’Antananarivo et d’Analamanga. Plus particulièrement pour les étrangers toujours plus nombreux à chaque programmation, c’est l’occasion de s’immerger dans un milieu à cent pour cent malgache, et d’abattre toutes les barrières. Ils vivent grâce à ces incursions au cœur de l’Imerina de belles expériences leur permettant de se rendre compte par eux-mêmes que les Hautes Terres de Madagascar ont un réel intérêt touristique.

    DE MEMOIRE DE MARCHEUR…

    Difficile de rapporter ici toutes les sensations et découvertes apportées par ce sport « soft et sain » qu’est la randonnée dans les campagnes d’Analamanga. Choisir pour choisir, pourquoi ne pas parler par exemple de Lazaina à une poignée de kilomètres après Sabotsy Namehana , le Sab’Nam des banlieusards ? Ce village possède les plus beaux Tamboho ou murs en terre battue de l’Imerina, et est fier de l’architecture tout en hauteur de ses maisons traditionnelles. Là est aussi la tombe de Ranivo qui devait être exécutée en 1849 lors de la grande persécution des chrétiens. La jeune fille de 16 ans était si belle que le bourreau n’eut pas le courage de la mettre à mort, se contentant de la gifler en ordonnant « emmenez-moi cette folle ! » Après Lazaina, le village de Iavoambony est celui où l’on fabriquait du savon noir avec du suif et du « Iaro », une plante dont la combustion donne une sorte de sel utilisé pour atténuer le piquant du tabac à chiquer. Au loin se profile déjà Amboatany et ses multitudes de chemins de chèvres, une colline qui devait avoir une importance certaine puisqu’elle possède deux portes et trois rangées de fossés « hadivory » .

    Toujours dans cet Avaradrano berceau de l’Histoire de l’Imerina et fief des Zanadralambo, l’ensemble Antsomangy-Ambodifahitra-Ambohidrabiby a aussi fait l’objet d’une sortie fort appréciée. A Antsomangy on saluera la maison familiale du grand poète Flavien Ranaivo dont l’ancêtre Rasatranabo figurait parmi les traducteurs de la Bible, en charge particulièrement de l’Evangile de Luc, et fit également partie de deux missions diplomatiques envoyées en Angleterre. A Ambodifahitra, une grotte dont les alentours ont été bien aménagés par les natifs était la cachette des chrétiens durant la Persécution. Ambohidrabiby dont le nom signifie « la colline de Habib » était en son temps un véritable pôle de progrès célèbre pour le talent de ses artisans. Aujourd’hui encore on y vient de très loin, même de l’extérieur, pour solliciter des bénédictions sur la tombe de Ralambo.

    « Tout le monde a la pluie, mais Antsahadinta a en plus la rosée de ses arbres ». A l’opposé de l’Avaradrano à une vingtaine de kilomètres au sud de la capitale, la colline sacrée d’Antsahadinta est classée « site historique et touristique » depuis 1937. Vingt ans plus tard en 1957, un de ses natifs eut l’initiative d’y créer un Syndicat d’Initiative. Au sommet de la montée, le « tombeau- pirogue » du fondateur Andriamangarira surplombe le parking. Un escalier mène à l’emplacement du Rova où le Syndicat d’Initiative a édifié un élégant petit musée exposant entre autres objets d’époque un palanquin, le lit – authentique – de Rabodozafimanjaka épouse d’Andrianampoinimerina, et un alambic rappelant qu’Antsahadinta fut un haut lieu de la distillation de l’alcool traditionnel ou « toaka gasy ». On se posera des questions devant un « amontana », arbre royal par excellence, et un « hasina » parfaitement encastrés l’un dans l’autre – plus fort que le baobab amoureux de Morondava ! – avant de partir à l’assaut d’une ligne de crête tout simplement superbe, surplombant la vallée de la Sisaony. Randonnée, quand tu nous tiens…

    Tout cela n’est qu’une facette de l’offre touristique d’Analamanga. On a trop souvent assimilé Madagascar au seul balnéaire, oubliant que cette île est aussi un presque – continent. De nouveaux concepts s’affirment aujourd’hui sur le plan mondial. Ce sont ceux de tourisme durable, de tourisme équitable, de tourisme solidaire, ou encore de tourisme à base communautaire. Sur ces chapitres et en termes de potentialités, la région d’Analamanga risque bien d’avoir une longueur d’avance sur beaucoup d’autres…

     

     

     

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