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    Le regard d'une journaliste sur le sort des tirailleurs malgaches pendant la première guerre mondiale

    Le devoir de mémoire de Sabine Rakotozafy

    Par Richard Claude Ratovonarivo | 01/10/2009

    (Mada) Ancienne journaliste-vedette de la radio nationale malgache, Sabine Rakotozafy est installée en France depuis plusieurs années. Loin de son pays natal, elle a délaissé depuis longtemps le micro pour la plume car elle s’est mise à écrire des chroniques pour le quotidien Nice-Matin. Et voilà que, l’année dernière, elle a troqué sa plume pour une camera. Résultat de cette nouvelle mutation : la sortie d’un film documentaire de vingt-six minutes, tourné dans le sud de la France mais concernant Madagascar. Son titre : Les tirailleurs malgaches à Menton… morts si loin

    En fait, Rakotozafy est l’auteur et le coréalisateur de ce court-métrage tourné en février 2008 grâce à la collaboration du cameraman français Edouard Tharsis et produit par Latitude Création, une nouvelle société de production ayant son siège dans le Var.

    Le film a été présenté pour la première fois à Antananarivo, en novembre dernier, à l’occasion d’une séance privée pour la presse et d’une diffusion en prime time sur la chaîne privée de télévision MATV. Il sera ensuite projeté dans plusieurs villes françaises. Mais, d’ores et déjà, le DVD en version française et malgache du film est déjà commercialisé.

    Les tirailleurs malgaches à Menton… morts si loin est l’histoire inédite de l’arrivée des soldats malgaches avec des troupes africaines à Menton dans le sud de la France, pendant la Première guerre mondiale. Menton ensoleillée, opulente avec sa florissante industrie hôtelière, découvre pour la première fois des personnes noires et assiste à l’arrivée de plus de 30 000 soldats indigènes pendant les quatre ans de guerre.

    Soldats à part entière de la Force Noire de l’Empire colonial français, les tirailleurs malgaches étaient présents sur tous les fronts de bataille et beaucoup d’entre eux sont tombés dans la bataille du Chemin des Dames dans l’Aisne, plus particulièrement.

    A Menton, à la place des riches estivants de l’aristocratie européenne, les grands palaces transformés en hôpitaux militaires, accueillent des blessés de guerre dont des Malgaches. Des revenants de guerre amenés de nuit par les trains sanitaires sont ainsi soignés sous le soleil de cette ville méditerranéenne.

    Ceux qui sont guéris sont tout de suite rappelés au front, immergés de nouveau dans la guerre. Les convalescents participent à la vie économique locale. D’autres sont restés définitivement à Menton, décédés et enterrés sur la belle colline de la ville. Parmi eux, une centaine de tirailleurs malgaches…

    Le ton original de ce documentaire est donné par les intervenants qui, selon les réalisateurs, sont « des personnes, des chercheurs, des écrivains de proximité » habitant la région et qui se sont bien imprégnés de l’arrivée, longtemps occultée, de troupes noires dans une ville de la Riviera française. Les archives locales, les documents exceptionnels du CHETOM (Centre d’histoire et d’études des troupes d’outremer), à Fréjus, des écrits jamais publiés et des photos inédites, ont apporté un éclairage nouveau sur cette autre facette de la guerre de 1914-1918, vécue dans le Sud de la France, loin des fronts de bataille…

    L’idée de faire ce film a germé dans la tête de Rakotozafy depuis 2004. Depuis que Mme Albin, une généalogiste mentonnaise, dont elle a dressé le portrait dans le supplément Femina de Nice-Matin, lui a indiqué que le cimetière du Trabuquet, sur la colline de Menton, abrite des dizaines et des dizaines de tombes de soldats malgaches, morts en 1914-1918 en France.

    Quand on lui demande pourquoi s’est-elle penchée uniquement sur Menton alors que des tirailleurs malgaches sont enterrés en d’autres endroits de France, Rakotozafy répond : « C’est le hasard et aussi la proximité. Menton se trouve à 32 km de Nice où je réside ».

    Pour Sabine Rakotozafy, son court-métrage est un travail de mémoire. « Il est surtout un hommage à ces soldats malgaches, morts loin de chez eux, morts pour la France, précise-t-elle. C’est aussi un film d’apaisement pour leurs descendants, dans le respect du culte des morts et des ancêtres, si cher aux Malgaches ».

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