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    Rakoto en compagnie des musiciens qui l'accompagnent à Madagascar (Photo Hery Rakotondrazaka / L’Express de Madagascar)

    Rakoto et sa musique métissée

    Par Richard Claude Ratovonarivo | 01/09/2011

    (MADA.pro) Révélé au grand public, il y a quelques années, par la chanson « Zandry kely »’ (Petit frère), Rakoto, chanteur malgache installé à Biarritz, vient de donner une série de concerts à Madagascar. Dans la Grande Ile, il a notamment pu faire partager ses nouvelles compositions pour les fans trop ancrés dans la nostalgie des vieux tubes («Indray andro», «Toera-malaza», «Zandry kely»). Ce dernier titre a permis à cet artiste, à la fois auteur-compositeur-interprète de nombreuses chansons gravées sur une dizaine d’albums, de figurer au top 50 européen des années 90. Aujourd’hui, Rakoto ne caracole plus dans les hits parades, mais ses plus belles créations envoûtent toujours plus d'un.

    Rakoto, de son vrai nom Yves Rakotomalala, c’est tout d’abord une image pratiquement d’Epinal qui est montrée de prospectus en prospectus, d’affiche en affiche ou d’album en album. Celle-ci représente le chanteur en tenue décontractée et sportive, avec son éternel chapeau melon vissé sur la tête et son inséparable guitare porté en bandoulière.

    Rakoto, c’est ensuite une musique fort métissée. Ce qui est normal puisqu’il est resté dans sa ville natale d’Antananarivo jusqu’à l’âge de dix-huit ans où les courants musicaux de l’Occident et de l’Orient se sont rencontrés. Par la suite, il a longuement vécu en Europe où il développera une musique puisant dans ses racines et ouverte à d’autres cultures.

    La vocaliste et valihiste Viviane Mazurier qui accompagne le chanteur malgache, estime que la musique de Rakoto est la manière de dire de l’artiste. « Il ne « se met pas à composer » , dit-elle, il prend sa guitare, pose ses doigts et tout naturellement on sait qu’une histoire va être révélée. La mélodie coule des accords, naturellement encore, et c’est là qu’apparaissent les images, comme une évidence, intimement liées à l’atmosphère qui se dégage ». Et de poursuivre : « Pour Rakoto, tout est dans la guitare. Il ne faut pas chercher à analyser les accords, il ne les construit pas, il les entend : il faut les ressentir. C’est pour cela que chaque morceau porte une émotion particulière, car le chant et l’instrument se sont apportés mutuellement, puis ont guidé les mots, naturellement… ».

    Rakoto, ce sont aussi des mots poétiques à souhait. Il porte à travers ces derniers un vrai regard sur le monde, raconte les histoires des gens, des oubliés souvent… peut-être parce qu’il vient d’un pays où se sont croisées toutes les histoires du monde. Mais parce qu’il est aussi issu d’un pays qui souffre économiquement, socialement, Rakoto a cette sensibilité particulière aux douleurs de ce monde, qui l’amène à composer et se poser d’abord comme témoin.

    Viviane Mazurier parle du compositeur Rakoto en ces termes : « Rakoto met en paroles ce que tout le monde regarde mais ne voit pas ; il met en lumière, en image, il photographie. Il ajoute les sons, les odeurs, il fait apparaître ce qui nous devient alors évident. Il ne regarde pas, il pose son regard. Tout l’inspire, l’interpelle. Il témoigne, mais avec le regard d’un peintre ». Et de continuer : « Ses mots sont ceux de son quotidien : ce et ceux qui le touchent, l’actualité, la réalité d’un monde qui tourne mal. Tout cela résonne à travers le prisme toujours présent de l’âme malgache, qu’il garde profondément ancrée en lui. Sa poésie a ses racines, son chant est celui de la terre. Et l’on est à notre tour bouleversé. Mais il témoigne sans s’épancher : « Ceux qui subissent n’ont pas besoin de nos larmes ». On retrouve alors tout le caractère du peuple malgache, endurant, digne, qui affronte sa réalité le sourire aux lèvres ».

    Rakoto, c’est enfin une voix particulièrement harmonieuse. Celle d’un chanteur qui interprète des textes poignants, évoque des images saisissantes, utilise de belles mélodies portées par sa voix singulière et émouvante qui illumine l’ensemble. La musique reprend alors ses droits, et nous pousse à comprendre les textes.

     

     

     

     

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