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    roses et baobab

    Gérard-Albin Fiorina, à la fois le mécène et la cheville ouvrière de Roses et Baobab

    Roses et Baobab: Pour la promotion de l'Art malgache

    Par Thompson Andriamanoro | 02/07/2011

    Curieuse dissonance que celle de l’image croisée entre, d’un côté, la paire formée par la fragilité de la rose et la puissance économique de la France et, de l’autre, celle d’un pays qui cherche encore sa voie et l’imposant baobab qui en est une des figures emblématiques ! Chez Roses et Baobab, on ne s’occupe point d’artisanat qui se duplique à l’infini mais d’art qui, lui, est unique. Pour Gérard-Albin Fiorina qui est à la fois le mécène et la cheville ouvrière, trois constats ont dès le départ fait office de feuille de route : un, à Madagascar il y a de vrais artistes qui s’ignorent ou qui n’ont pas les moyens de se consacrer à leur art. Deux, ils valent largement leurs collègues des autres pays mais, trois, leur créativité est mal soutenue et leurs œuvres mal diffusées. Des roses en quelque sorte auxquelles manquait un…baobab avec qui instituer un partenariat gagnant. C’est aujourd’hui chose faite au bout de l’itinéraire atypique d’un homme venu d’ailleurs qui, à la question de savoir pourquoi il a atterri à Madagascar, préfère répondre par une autre : Pourquoi pas ?

    UN PARCOURS DU COMBATTANT

    Gérard-Albin Fiorina est arrivé ici très exactement le 27 juillet 2004, une date difficile à oublier puisqu’il était dans le même avion que Jacques Chirac. Laissant pratiquement tout derrière lui. Tout ? « J’avais une entreprise de production d’émissions pour la télé avant de monter une agence photos avec Hughes Vassal qui fut un des créateurs de Gamma. Je vous étonnerai en disant que l’agence faisait travailler 110 photographes et se spécialisait dans l’univers des religions ! Cela a très bien marché et c’est même pour cela que je suis parti ». Quand on est un bâtisseur-né, on a toujours soif d’autres chantiers. Il crée deux entreprises d’espace vert auxquelles il donne déjà le nom de… La Rose Sans Epine. Mais la vie à Paris étant ce qu’elle est, il commence à ressentir un certain mal-vivre. « L’envie de retrouver la chaleur sous toutes ses formes, qu’elles soient climatiques ou humaines ». Il a déjà collectionné auparavant une bonne quinzaine de pays africains sur son carnet de route « mais on ne reconstruit pas le passé ». Sur les conseils d’un ami malgache du Gabon il ne revient pas sur ses pas et choisit Madagascar avec l’idée de créer un village artisanal comme il l’avait fait et réussi à Nouakchott et à Libreville. Une idée vite mise en veilleuse, le paradoxe du malgache étant qu’il a une forte conscience communautaire tout en étant très jaloux de son petit jardin particulier. Après plusieurs mois durant lesquels le nouvel arrivant « se fait manger la laine sur le dos » et plusieurs autres d’un véritable parcours du combattant dans la jungle de la paperasserie, Roses et Baobab est enfin opérationnel : on est en octobre 2006.

    DES ARTISTES DE NIVEAU MONDIAL

    « Nous nous occupons ici d’artistes de haut niveau et non d’artisans ! » Cela, un ami grand promoteur ayant son pignon sur la Rue de Rivoli, mis au courant du projet, a eu du mal à le comprendre. Mais Gérard-Albin Fiorina persiste et signe : il y a à Madagascar des artistes extraordinaires qui n’ont rien à envier à ceux du monde entier. Il sait de quoi il parle, lui qui est sculpteur conceptuel et aime créer autre chose à partir de l’existant. Il inculque aussi la notion de complémentarité des talents, laquelle est aujourd’hui chose courante au sein de l’Association. A preuve, une superbe œuvre baptisée Pangalanes a nécessité le concours d’un dessinateur, d’un maquettiste, d’un fondeur-polisseur, et d’un sculpteur sur bois. Complémentaires aussi dans leur conception-même, ces deux mains de couleurs différentes qui se tiennent et symbolisent l’entraide entre les peuples. Séparez-les et la sculpture s’effondre. Aussi simple, encore fallait-il y penser…

    GAGNANT AU GRATTAGE ET AU TIRAGE !

    Le fonctionnement de Roses et Baobab, aujourd’hui parfaitement huilé, est régi par une Charte acceptée et signée par toutes les parties. Elle prévoit notamment l’obligation pour l’artiste-membre de présenter en priorité sa création à l’Association. Gérard-Albin Fiorina en explique le pourquoi : « Une fois acceptée, l’œuvre est immédiatement payée à son auteur lequel n’a plus à se préoccuper de lui trouver un acquéreur. Elle prend place parmi les plus de 1000 pièces réparties dans les cinq salles de notre showroom. Quand une vente est conclue, on calcule le bénéfice net et on reverse encore 30% à l’artiste. Pour emprunter un langage de joueur, ce dernier gagne à la fois au grattage et au tirage ! Nous sommes sûrement les seuls à oser appliquer cette formule de mécénat interactif dans tout Madagascar… » Une formule win-win basée sur la confiance mutuelle, mais aussi sur une intransigeance sans faille en matière de qualité qui est la meilleure garantie possible offerte au client. Les 51 membres de Roses et Baobab n’ont ainsi plus de souci alimentaire à se faire, et peuvent se consacrer à plein temps à la création.

    UN CERCLE MAGIQUE

    26 spécialités sont présentes dans le lieu de vente de la Rue des 77 Parlementaires Français à Antsahavola qui commence très sérieusement à se ressentir du manque d’espace. Parmi celles qui « marchent » le plus citons la fonderie de laiton et d’aluminium et ses réalisations complexes nécessitant plusieurs étapes depuis le dessin jusqu’au polissage et la finition parfaite. Les sculptures sur bois dont on fait un peu hâtivement une exclusivité de la ville d’Ambositra alors que certaines grandes signatures de l’Association viennent d’Antananarivo même ou de Morondava. Les tableaux de sable en bouteille, véritables prouesses de patience bénédictine qui révèlent leur incroyable finesse à l’agrandissement photographique. Les compositions en fibre naturelle mêlant teintes, graphismes, volumes et harmonies. Les œuvres en tôle d’acier qui parviennent à anoblir un matériau on ne peut plus banal. Poncée, savamment chauffée au chalumeau et polie, la tôle s’habille de magnifiques teintes dont ses spécialistes ont le secret. Les arts graphiques enfin s’acheminent ici vers un particularisme plus marqué en traquant la quadrature d’un cercle magique mariant traditions et recherche contemporaine…

    Roses et Baobab privilégie pour le moment la vente à une clientèle se rendant directement dans ses locaux. Le coût du transport aérien extérieur ne permet guère d’envisager une extension notable des expéditions au coup par coup alors que les expositions itinérantes ne sont pas non plus la solution idoine. Gérard-Albin Fiorina tient à nous faire une confidence : « le vrai prix, le prix de base de nos œuvres d’art est celui donné sur internet. Celui pratiqué au showroom est 2,4 fois moins cher ». Une raison supplémentaire pour y faire un tour…

     

     

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