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    Au coeur de Lemurs'Park

    Lemurs’Park : une réserve privée de lémuriens à Antananarivo

    Par Thompson Andriamanoro | 12/05/2010

    (Mada) Lemurs’Park est la seule réserve de Madagascar où on peut observer neuf espèces de lémuriens diurnes en totale liberté. C’est un parc privé, situé aux portes de la capitale malgache, où on peut également observer une douzaine d’espèces d’oiseaux endémiques ainsi que des caméléons, des tortues radiées, etc. Le site est par ailleurs un parc botanique.

    Il est possible pour des tananariviens éloignés de l’habitat naturel des lémuriens de les observer autrement qu’à travers les grilles d’un Parc zoologique. Bien triste spectacle d’ailleurs que celui de ces animaux, symboles de liberté s’il en est, tapis dans le coin d’une cage dans l’attente de leur pitance ! Le Lemurs’Park se trouve à moins d’une heure de route du centre ville, plus précisément au point kilométrique 22 de la RN1 qui déroule son ruban jusqu’aux volcans de l’Itasy et le marché aux zébus de Tsiroanomandidy. Cet endroit n’est pas qu’un montage écotouristique réalisé par quelque amoureux de la couleur verte et ciblant une clientèle à haut pouvoir d’achat. Il vient d’ailleurs de fêter son 10.000ème visiteur issu des écoles primaires des quartiers défavorisés ! Il a aussi une histoire qui, par certains côtés et toutes proportions gardées, n’est pas sans rappeler celle du bon samaritain. A la différence près que depuis le début, beaucoup de miraculés dont s’occupe Lemurs’Park sont des lémuriens sauvés de la maltraitance. Ils retrouvent ici un biotope spécialement conçu pour leur redonner des conditions de vie normales. Les visiteurs jouent pleinement le jeu et gênent le moins possible leur liberté retrouvée.

    UN ANIMAL A NE PAS DENATURER

    Laurent Amouric partage la paternité de l’idée avec le petit fils de Pierre Boiteau, un nom qui ne dit peut-être plus grand-chose aux générations actuelles mais qui a laissé au moins deux héritages majeurs : le Parc de Tsimbazaza , et la lutte contre le paludisme pour laquelle il a recensé et étudié plus de 80 espèces fébrifuges, ce qui lui a valu de sévères mises en garde de l’autorité coloniale contre « les tendances nationalistes qu’encouragent ses travaux sur les plantes indigènes ». Et Laurent Amouric de définir en ces termes l’avantage de l’endroit : « la proximité du Parc par rapport à la capitale est un atout exceptionnel car elle permet en une journée, voire même une demi-journée pour les plus pressés, de faire connaissance avec au moins 9 espèces de lémuriens et plusieurs facettes de la nature malgache. C’est pratiquement impossible ailleurs ! »

    Bref survol des lieux. Le domaine d’environ 5 ha est bordé par la rivière Katsaoka qui fait office de protection naturelle et est relayée de l’autre côté dans ce rôle par une colline assez abrupte. Un sentier en pierres taillées traverse le parc en offrant de nombreux points d’observation. Mais Laurent Amouric ne se lassera pas de le rappeler : « le lémurien est un animal sauvage et le but n’est pas de le dénaturer en le domestiquant ou en en faisant un article de foire ! Chez nous le visiteur n’a le droit ni de le toucher ni de le nourrir, seulement de le voir se balader de branche en branche et vivre sa vie naturelle. S’il ne mange que des bananes il finira par mourir dans d’atroces douleurs ».Voilà une vérité qui gagnerait à être mieux connue, quand on pense à ce qu’il est autorisé de faire dans d’autres Parcs au nom de l’exotisme et des souvenirs de voyage ! Heureusement que dans ces aires protégées le lémurien a normalement de quoi rétablir son équilibre biologique qui l’enjoint de « manger» entre 3 à 5 espèces d’arbres différents. Le sentier remonte ensuite le lit de la rivière pour aboutir à un vivarium hébergeant caméléons, tortues, et autres iguanes.

    LA CARTE DE L’ENDEMISME…

    Le site du Lemurs’Park a patiemment et méticuleusement été préparé pendant des années avant d’ouvrir quelque 3 mois avant la crise de 2002. Sur les 6000 plants d’arbres mis en terre, 4000 ont bien survécu. Les espèces endémiques y ont une place prépondérante car c’est un véritable cri du cœur que lance Laurent Amouric : « L’endémisme est la force et l’avenir de ce pays. Pour les campagnes de reboisement il est temps d’arrêter d’utiliser le pin et l’eucalyptus ! » En plus, planter un arbre est une chose, l’entretenir en est une autre. Les 3 premières années sont capitales. S’il passe ce cap il peut pousser tout seul. Cet environnement bien pensé fait que le Lemurs’Park, avec ses plus de 170 espèces de plantes différentes, est aussi un parc botanique très agréable où même les handicapés peuvent évoluer sans problème majeur. Une fois le biotope bien recréé, l’assurance est acquise que les pensionnaires pourront y trouver eux-mêmes les feuilles dont ils auront besoin. A côté des « touffes » géantes de bambous, une forêt du Sud a pu être reconstituée. Autre belle surprise, les oiseaux eux aussi sont arrivés. Dès les premières années plus de 12 espèces d’oiseaux endémiques ont été repérées par un ornithologue japonais …

    NON A LA BETISE HUMAINE !

    S’il fallait trouver l’équivalent du Lemurs’Park en termes de finalités, ce serait le « Tanànan’i Sokake » près d’Ifaty dans le Sud-Ouest où sont recueillies des tortues saisies auprès de trafiquants. On y achemine les prises réalisées par les douanes ainsi que des tortues étoilées « Sokake » pourchassées pour leur chair, avant de les relâcher dans leur environnement naturel. Beaucoup de pensionnaires du Lemurs’Park ont aussi été saisis par les Services des Eaux et Forêts sur des places de marché, dans des hôtels, ou chez des particuliers. Enfermés dans des cages ou attachés à des cordes, au nom de la bêtise humaine ! Laurent Amouric tient à préciser : « quand on nous les confie, ils ne nous appartiennent pas pour autant. C’est un patrimoine du pays. Leur sauvetage résulte d’une collaboration triangulaire entre les Services officiels, l’Institut Pasteur, et nous même ».

    Un animal à réinsérer plus tard dans la nature coûte à peu près 3000 euros et nécessite une surveillance continue pendant 3 mois. Face à la lourdeur de ces contraintes le tourisme apporte heureusement ses couleurs, ses ressources, et de bons résultats puisque le Parc est aujourd’hui une attraction prisée de la capitale. «Ce qui m’a toujours désolé, c’est la vue de ces touristes désœuvrés le dimanche, ne sachant où aller. Et pourtant il y a des choses à voir, sur fond de la magie des Hauts Plateaux ». Accompagnant la faune, la flore, et la beauté du site, le Lemurs’Park a son restaurant panoramique et sa boutique de produits sélectionnés. Mais la plus grande récompense pour les promoteurs reste quand la dégénérescence de certains animaux recueillis est vaincue, que des groupes sociaux sont reformés, et des naissances enregistrées. C’est signe que la nature a repris son cours et ses droits. Définitivement.

     

     

     

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