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    L’Asaramanitra ou le «Nouvel An malgache» en 2013

    Par Jean-Pierre Domenichini | 12/03/2013

    (MADA.pro)Cela fait quelques années que la presse se fait l’écho d’un événement qui serait le « Nouvel An malgache ». Cette année, des titres nous parlent d’un « Désaccord honteux » ou de « La mouise du Nouvel An malgache ». Trois dates nous sont annoncées :

    — les 11 et 12 mars pour la Trano koltoraly malagasy,
    — les 15 et 16 mars pour Mamelomaso,
    — le mois d’août ou les environs du mois d’août pour les ZanadRanavalona.

    Et je comprends les journalistes qui voient dans ce désaccord et les gesticulations qui sont associées à cette annonce une atteinte à la valeur culturelle de l’événement, une atteinte à l’identité malgache. S’il y a une identité malgache, et je suis sûre qu’il y en a une, il leur semble bien qu’il ne devrait y avoir qu’une date.

    Pour comprendre la question qui a un caractère politique comme tous les calendriers, il faut commencer par se demander ce que signifie Asaramanitra, un mot que l’on entend revenir plusieurs fois dans le courant d’une année. Pour beaucoup, Tonga ny Asaramanitra signifierait aujourd’hui : Voici qu’arrive une grande fête. En fait, Asaramanitra est le nom du premier mois de l’année dans le calendrier qu’utilisaient les grands ancêtres jusqu’au 13e siècle. Il se situait en septembre et était annoncé par le trandraka qui sortait de son hibernation et par le chant du taotaokafo qui revenait de sa migration annuelle en Afrique. Avec le retour d’une température plus clémente et propice aux nouvelles cultures, c’était le lohataona, c’est-à-dire le « début de l’année ». C’était la grande fête agraire du renouveau de la vie qui était associée au rituel dynastique du Bain ou Fandroana. Elle marquait le début de l’année solaire qui dure 365 jours environ.

    Cette tradition asiatique fut modifiée aux 13e - 14e siècles par l’adoption de la semaine de sept jours et surtout celle de l’année lunaire qu’utilisaient les Arabes. Or, l’année lunaire n’ayant que 354 jours environ, le début de l’année commença à se déplacer dans le cadre de l’ancienne année solaire. Lors de l’adoption du nouveau calendrier, le premier mois de l’année fut d’abord celui d’Alakaosy ou mois du Sagittaire qui demeure le signe sous lequel sont faits les rituels des anciens rois comme Rapeto, Rasoalao et Ramaitsoakanjo.

    Il advint au 16e siècle que, dans l’ensemble des réformes qu’institua le roi Ralambo, le Fandroana et le début de l’année furent placés au début du mois d’Alahamady ou mois du Bélier, qui était le mois de la naissance de Ralambo. Cette décision fut respectée par le Royaume d’Imerina puis le Royaume de Madagascar jusque sous le règne de Rasoherina (1863-1868). Sur le modèle anglais dans lequel la fête nationale se passe le jour anniversaire du souverain, Ranavalona II (1868-1883) et Ranavalona III (1883-1897) décidèrent que le Fandroana aurait lieu pour célébrer le jour de leur naissance. Pour Ranavalona III, ce fut le 22 novembre. Après l’exil de la Reine, Gallieni fixa les fêtes du Fandroana, bien évidemment sans Bain de la Reine, au 14 juillet, fête nationale française. Ces fêtes passèrent au 26 juin au moment de l’Indépendance.

    On comprend d’autant mieux le désordre que, si le peuple des campagnes et nombre de citadins continuaient à célébrer les fêtes d’Asaramanitra selon les décisions de Ralambo en l’appelant Alahamadibe, les missionnaires et les Eglises les combattirent parce qu’elles y voyaient des vestiges d’un paganisme abhorré.

    Entre les différentes propositions qui nous sont faites, y en a-t-il une qu’il serait préférable de choisir ? Suivre les « défenseurs de la culture malgache » de la Trano koltoraly malagasy ou suivre les ZanadRanavalona d’Anosimanjaka ?

    Si je ne me trompe, c’est en 2004 que les « défenseurs de la culture malgache » ont commencé à proposer leur « Nouvel An malgache ». Ils en avaient défendu l’idée en se basant, disaient-ils, sur des connaissances scientifiques en astronomie. Sur la Toile, ils avaient alors été critiqués par les astronomes spécialistes du calendrier de l’Observatoire de Paris. Ils étaient alors soutenus par la radio Feon’Imerina et par l’association Jaky Mena. Ces soutiens leur ont été depuis retirés. Ils ont continué chaque année à organiser leurs festivités au mois de mars selon des dates changeantes. Ce fut le 21 mars en 2004.

    En ce qui est des ZanadRanavalona – qui ne sont pas les descendants des reines du 19e siècle mais ceux de Ranavalontsimitoviaminandriana, fille d’Andriamasinavalona que son père plaça à Anosimanjaka –, ils ne sont pas les seuls à célébrer l’Asaramanitra et l’Alahamadibe selon les décisions de Ralambo. J’y ai assisté de nombreuses fois dans les années 1980 et j’y ai vu, Razakaboana, Conseiller Suprême de la Révolution, y danser autour des zébus sacrifiés. Dans les mêmes années, les Zanakantitra le célébraient à Analanakoho au sud d’Imerintsiatosika : ils étaient plus de 20.000 à assister aux fêtes qui duraient cinq jours avec plusieurs troupes de mpihira gasy ; on pouvait y voir aussi les militaires d’Iavoloha venir avec leur Lada remplir leurs jerricans à la source d’Analanakoho, et nous supposions que leur patron s’était organisé un Fandroana particulier. A Ambohimanga, j’ai vu aussi en 1990 les Antehiroka célébrer l’Alahamadibe que RFO a filmé et diffusé à la télévision. Dans la région d’Andramasina, on le célèbre encore à Ambatomalaza, Ambohidrazana, Fihasinana, Soavinimerina Manjakavahoaka… L’Alahamadibe y fut fêté le 29 août en 2011 et, l’année étant bissextile, le 19 août en 2012. Ce pourrait être le 7 ou le 8 août en 2013 et en juillet l’année suivante.

    Alors, où est l’identité malgache ? Entre « défenseurs de la culture malgache » et gardiens d’une tradition pluri-centenaire, nous sommes en démocratie et pouvons librement exercer notre liberté d’expression et notre droit de choisir les candidats que nous élisons. A vous d’élire les meilleurs.

     

     

     

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