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    Jean Claude Vincent

    Le musicien Jean Claude Vinson sur scène

    Le musicien Jean Claude Vinson: Deux passions, Jimi Hendrix et les Mikea

    Par Thompson Andriamanoro | 22/10/2011

    (MADA.pro) Son aïeul, un homme de science qui reçut ses distinctions des mains de Cambronne, avait représenté la France au couronnement de Radama II. Dans son livre Les larmes de Radama, Bernard Ucla mettait dans la bouche du personnage une phrase qui garde toute son actualité, pendant qu'une expédition dont il faisait partie longeait une forêt pas loin de la mer, au Sud de Morombe: «les Mikea sont là, on ne les voit pas mais eux, ils nous voient».

    Jean Claude Vinson était encore un mioche à l'école du Square Poincaré d'Antananarivo quand « l'instit » Monsieur Laville consacra une journée entière à parler «d'une peuplade, les Mikea, dont on ignore jusqu'à l'existence». Il n'en fallait pas plus pour fasciner à vie celui qui se définit comme «un métis amoureux de son pays natal». Mais les Mikea attendront, car Jean Claude «devenu grand» comme on dit s'envole pour la France. Après s'être ennuyé dans le secteur bancaire, il plonge dans les coulisses du show business où il côtoie des noms mythiques pour ne citer que Santana ou Joan Baez, «manage» des artistes comme Little Bob Story le groupe-phare de rock des années 70 (qu'il parvient à faire venir deux fois à Madagascar), ajoute à son carnet d'adresses le nom du propre père du dieu Hendrix…

    Il tombe sur des documents authentiques attestant que Jimi Hendrix rêvait de Madagascar à un point tel qu'il signait ses fiches d'hôtel de la mention «Antakarana» ! Les rythmes malgaches 6/8 intriguaient le génial gaucher qui composa même un morceau intitulé «Madagascar» dans lequel il brode une sorte de salegy. En 1986, Santana avait également émis le souhait de venir à Madagascar. Avis aux faiseurs de spectacles : il leur reste 3 ans, pas un de plus, pour essayer de l'avoir. C'est le délai qu'il s'est donné avant de remiser à jamais sa guitare et devenir pasteur…

    Jean Claude Vinson, lui, est arrivé à la musique - la sienne - sur le tard. «Si j'avais commencé à jouer plus tôt, peut-être que je n'aurais pas eu les idées que j'ai aujourd'hui sur la musique». Il cumule à ce jour douze ans de guitare - un mélange de blues, de rock, de rythmes de Mada - et a sorti un album intitulé Mikea forest Blues (tiens, tiens !). Il en prépare deux ou trois autres dont un avec Refonitse, un authentique Mikea qu'il a réussi à faire sortir de sa forêt et amené à Antananarivo pour que, du haut de la scène du Centre Culturel Albert Camus, il lance ce cri d'alarme, presque de détresse : «Mon peuple se meurt!» La belle forêt des Mikea est inexorablement investie par les agriculteurs Masikoro et fournit Tuléar en charbon de bois…

    Le grand rendez-vous en terrain « mikéen » (enfin!) eut lieu il y a une douzaine d'années, dans le sillage de la rencontre de Jean Claude Vinson avec l'ethno-cinéaste Jean Pierre Dutilleux. Ce réalisateur s'est fait presque une spécialité des sociétés menacées d'extinction, comme les Indiens de l'Amazonie du très médiatisé Chef Raoni. Les deux ont pu se faire admettre dans l'univers fuyant des Mikea, et les ont filmé jour après jour dans leur incroyable quotidien. Une communauté - mais combien sont-ils encore aujourd'hui ? – qui vit en totale autarcie et a cette particularité à la fois sociale et physiologique d'être certainement les seuls humains au monde à ne pas boire d'eau. Pour la simple raison qu'elle n'existe pas dans leur forêt, à part quelques mares stagnantes porteuses de maladies. Les Mikea se nourrissent principalement d'une racine qu'on appelle «babou» dont le goût rappelle vaguement la pastèque. C'est leur pain et leur eau, mais ne trouve pas du babou qui veut! On le repère à proximité d'une liane parmi cent autres dont les Mikea ont le secret. Autre conséquence - logique - de l'absence d'eau : les Mikea ne se lavent pas, ce qui leur vaut d'être traités de «sauvages» par d'autres ethnies. Triste, au point qu'un Mikea sorti de sa forêt a aujourd'hui presque honte d'avouer qu'il est un ancien Mikea…

    Alors, que faire pour qu'ils aient encore un avenir? Le Centre d'Information Technique et Economique d'Antananarivo par exemple est sur un projet de récolte de soie sauvage en forêt des Mikea, ce qui permettra en partie de la préserver. Pour Jean Claude Vinson, la solution n'est pas de «parquer» les Mikea comme s'il s'agissait d'une faune. Une ouverture doit se faire, notamment en matière de communication et d'éducation, une ouverture qui n'aliène pas les Mikea mais préserve leur culture. Il faut aussi se méfier des pseudo-Mikea qui, pensant avoir trouvé un filon, exploitent le label à des fins de profits personnels. Tout, ou tant est à faire, pour que ce peuple qui n'a jamais rien demandé à personne ne troque sa forêt contre un rayon de bibliothèque où on ne parlera plus de lui qu'au passé…

     

     

     

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