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  • MŒURS / LE CULTE DES MORTS CHEZ LES MALGACHES

    culte des morts

    La coutume de l'exhumation des restes d'un défunt constitue la plus éloquente expression du culte que les Malgaches vouent pour les morts.

    1.DECOUVRIR. Le temps du retournement des morts à Madagascar

    Par Richard Claude Ratovonarivo | 29/07/2010

    (MADA.pro) A Madagascar, la mort tient dans la tradition une place extrêmement importante à tel point que la population voue un culte inaltérable à ses défunts. La raison en est simple. Les Malgaches croient que les mânes des ancêtres - devenus immortels - interviennent dans la vie des vivants. Et si la mort n’est pas honorée comme elle la mérite, nul ne peut prévoir les calamités que son âme mécontente peut déclencher. Plus de cent quatre vingt années de christianisme n’ont pu freiner la continuité du culte des morts. Il est au cœur de l’âme malgache. Ce qui a fait dire à certaines personnes que la civilisation malgache est centrée sur la mort.

    Le famadihana (retournement des morts), coutume que l’on ne trouve nulle part ailleurs qu’à Madagascar, constitue la plus éloquente expression du culte que les Malgaches vouent pour les morts. Sortir de son tombeau les restes d’un défunt pour lui remplacer le suaire désagrégé par un linceul neuf, puis le ré inhumer dans ce même tombeau ou dans un autre tout neuf, voilà en effet qui paraîtrait sacrilège dans bon nombre de pays du monde.

    Les prétextes ne manquent pas pour exhumer les morts. Cette coutume trouve surtout son essence dans une certaine conception malgache de « la famille », à savoir le tsimisaramianakavy. Cela veut dire que dans la vie comme dans la mort, les membres de la famille demeurent unis, et que même si l’un d’eux est décédé et enterré dans tel endroit, on ira le déterrer de cet endroit afin d’intégrer ses restes dans le caveau familial.

    Les membres d’une famille invoquent également souvent que l’un d’entre eux a vu apparaître en rêve l’un de ses proches, mort dans l’année courante ou longtemps auparavant. Celui-ci se serait plaint soit de n’être pas à l’aise dans un caveau humide, soit d’avoir froid, soit d’être gêné par des racines qui lui poussent entre les os, soit d’avoir près de lui un objet qui lui déplaît. Ou bien parfois, c’est un phénomène de possession qu’on appelle tromba qui se produit dans la famille. Quelqu’un se met en transes, vaticine. Ou encore, une succession de calamités, de maladies s’acharnent sur les vivants, ce qui prouve le mécontentement des défunts.

    Alors, au plus clair de la saison sèche (de juin à septembre), après palabres, visites et consultations diverses pour prendre avis des uns et des autres, le chef de lignée décide du jour où la cérémonie aura lieu. Il prévient tous ceux qui se réclament d’un ancêtre commun et aussi les voisins, les amis, afin que chacun apporte à l’avance sa contribution en argent : c’est le sao-drazana (l’argent de remerciement aux morts). Il servira à acheter le lambamena (linceul) et les zébus du sacrifice.

    Les cérémonies d’exhumation n’ont rien de pénible ; bien au contraire, ce sont à priori des réjouissances familiales. Aussi, sur les Hauts-Plateaux malgaches, de juin à septembre, il n’est pas rare de rencontrer d’étranges cortèges qui au son d’une musique gaie, promènent sur les routes, des restes mortels dans une natte.

    Mais voyons comment se déroule le famadihana ?

    Les cérémonies durent deux jours. Le premier jour, on procède à l’exhumation proprement dite et le second à la ré inhumation.

    Le jour de l’exhumation, aux premiers rayons du soleil, en compagnie des invités, le chef de famille – après avoir sacrifié un zébu – vient frapper à la porte de la tombe comme pour réveiller l’âme ; la porte est ouverte et les ossements recueillis sur un drap.

    On les arrose de rhum et de miel, puis ils sont enroulés dans une natte et ficelés avec un nombre de liens qui doit être impair. Le convoi se met alors en route en direction du village au milieu de cris auxquels se mêle le bruit des tambours et des flûtes.

    On porte le défunt à bout de bras, on le secoue comme pour le réveiller, « l’empêcher d’être triste… ». Un irréel défilé ! Une vraie procession mouvementée !

    Une fois au village, on dépose le corps sous un auvent ou une tente (pas dans une case habitée). Et toute la nuit, après avoir longtemps festoyé, on danse au son des instruments ; on peut même plaisanter avec le mort comme pour le faire participer à l’entrain général.

    Le lendemain, le cadavre est enveloppé dans son linceul neuf. Une fois retourné au tombeau, on porte le mort à bout de bras et on tourne ainsi sept fois autour du caveau. Et on le descend sous terre pendant que redoublent les chants et la musique.

    Tout ce cérémonial a décuplé de frénésie. Chacun se précipite sur la natte qui a enveloppé les restes mortels et en découpe un morceau comme porte-bonheur ; les femmes s’allongent dessus, pensant trouver dans ce contact une garantie de fécondité future. La mort est soudain devenue source de vie ! Un dernier zébu est abattu ; un morceau de viande offert au défunt, est déposé sur le tombeau ; l’assistance se répartit le surplus. Un kabary ou discours bien fait, clôt le famadihana car tout événement de la vie est une occasion pour les Malgaches de s’exprimer en figures de rhétorique, en hain-teny (poésie du folklore) et autres ohabolana (proverbes).

    Le famadihana est pratiqué dans presque tout Madagascar. Le temps et la distance ont conjointement travaillé à différencier les noms d’une région à l’autre. Aussi, au pays Sakalava, à l’Ouest, l’appelle-t-on rangan-dolo et en pays Betsimisaraka, à l’Est, andriharana.

    Pour terminer, notons que pour bon nombre de familles aisées des grandes villes malgaches, maints rites du culte funéraire sont devenus pratiquement inexistants. Néanmoins, le culte des morts reste vivace dans la Grande Ile, surtout dans les campagnes.

     

     

     

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