A la une

  • MŒURS / LE CULTE DES MORTS CHEZ LES MALGACHES

    culte des morts

    En pays Mahafaly, les sépultures se complètent par des aloalo ,hauts poteaux entièrement sculptés qui sont surmontés d’effigies de défunts représentés dans les scènes de vie quotidienne

    2.VOIR : Les tombeaux traditionnels à Madagascar

    Par Richard Claude Ratovonarivo | 29/07/2010

    (MADA.pro) A Madagascar, la mort tient dans la tradition une place extrêmement importante à tel point que la population voue un culte inaltérable à ses défunts. La raison en est simple. Les Malgaches croient que les mânes des ancêtres - devenus immortels - interviennent dans la vie des vivants. Et si la mort n’est pas honorée comme elle la mérite, nul ne peut prévoir les calamités que son âme mécontente peut déclencher. Plus de cent quatre vingt années de christianisme n’ont pu freiner la continuité du culte des morts. Il est au cœur de l’âme malgache. Ce qui a fait dire à certaines personnes que la civilisation malgache est centrée sur la mort.

    Des nécropoles de trois cents corps aux « pierres levées » pour « ceux-qui-sont-enterrés-au-loin », les témoignages ne manquent pas pour illustrer le culte des morts chez les Malgaches.

    Si je fais de granite ma maison pour la mort

    Je ne fais qu’en raphia la maison de ma vie

    (Du Bellay)

    Ces vers auraient pu être écrits par un poète malgache car ils reflètent une réalité frappante, surtout pour les étrangers : à Madagascar, les tombeaux sont plus somptueux que les maisons d’habitation. Cette situation constitue une des plus éloquentes expressions du culte que les Malgaches vouent pour les morts.

    Dans les classes aisées, les tombeaux sont de véritables monuments. Ils atteignent souvent une douzaine de mètres de long sur une dizaine de large. Ils sont isolés dans des propriétés plantées de manguiers et entourées de hauts murs. C’est souvent comme une impression de piété qu’on éprouve quand on découvre, par la brèche d’une muraille écroulée, ces demeures funéraires dans lesquelles se confondent les générations. Certaines sont de vraies nécropoles comptant pas moins de trois cents corps.

    En général toutefois, le tombeau malgache est une sorte de tumulus de pierres mais de forme cubique dont les dimensions croissent avec la richesse du défunt. Le « bâtiment » est quelquefois surmonté d’une chapelle en bois – la « maison froide » – qui est destinée à servir de lieu de repos pour les mânes.

    Sur les Hauts-Plateaux, les tombes sont encloses dans la propriété de famille, à proximité de l’habitation ; l’entretien en est facilité et les vivants restent mieux en communion avec les disparus ; le mausolée et le sol sur lequel il a été édifié sont inaliénables et indivis entre membres de la même famille.

    En pays Betsileo (Fianarantsoa), les tombes sont placées sur les crêtes et les hauteurs, on les voit de très loin se profiler dans le ciel. En pays Sihanaka (Ambatondrazaka), les habitants ont leurs sépultures à proximité des villages : ce sont des amas parallélépipédiques de pierres ou plus simplement des monticules de terre, couverts de blocs alignés dans le sens du corps. Dans la région d’Ifanadiana, on inhume les morts dans des fosses cachées au fond de la forêt.

    En pays Mahafaly (Ampanihy), les sépultures se complètent par des aloalo (hauts poteaux entièrement sculptés) au nombre de 4 à 16 environ. La sépulture du roi Tsiampody, mort en 1912, est garnie de 36 aloalo et de 700 crânes de zébus aux immenses cornes. Les aloalo sont surmontés d’effigies de défunts représentés dans les scènes de vie quotidienne : chasse, portage de jarre, soins aux enfants…

    En pays Antanosy (Tolagnaro ou Fort-Dauphin), on dresse également dans les cimetières des poteaux sculptés ainsi que des monolithes levés : les « pierres mâles » (vatolahy).

    Quelques régions du Sud-est malgache (Antaisaka, Antaimoro, Antaifasy) n’ont, la plupart du temps, pas de tombes individuelles ou même familiales mais des kibory qui sont des tombeaux collectifs voire des charniers pour un clan entier.

    En pays Sakalava (à l’Ouest), les sépultures sont surmontées de figures animales ou humaines, d’une inspiration extrêmement riche et d’un style dont on ne connaît aucune autre matérialisation dans l’art malgache. Groupes enlacés, oiseaux, silhouettes d’hommes ou de femmes, sculptures géométriques, scènes érotiques, se multiplient aux quatre coins des tables de pierres et semblent être là pour rappeler aux morts ce qu’ils ont aimé pendant leur existence charnelle. Dans la région de Morondava, les statues apparaissent fréquemment accouplées ou nues et prêtes à accomplir une fécondation ; placées sur les tombeaux, elles n’évoquent aucune obscénité mais imprègnent les sépultures d’une ardente spiritualité vitale qui n’abdique jamais et ne peut se renouveler qu’avec la volonté des ancêtres.

    Pour terminer un mot sur les « pierres levées » dressées en mémoire de ceux qui sont morts au loin. Ces monolithes peuvent atteindre plusieurs mètres de haut ; ils sont la plupart du temps bruts, simplement durcis par le feu ; rarement ils sont taillés ou équarris. C’est dans le Sud-Est que se trouvent les plus grandes pierres levées : on y grave le nom du défunt et la date de sa mort. Le tsangambato peut pourtant se simplifier jusqu’à devenir, comme en pays Bezanozano (Moramanga) un simple pieu pointu.

     

     

     

Imprimer Retour

 

pub

 

pub

 

pub

 

pub