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    Antanànambony , une zone protégée d’intérêt historique et architectural.

    Fianarantsoa : entre histoire et passion

    Par Thompson Andriamanoro | 12/10/2009

    (Mada) A Fianarantsoa, la Ville Haute forme un ensemble homogène de 500 toits. On trouve des constructions parfois plus grandioses dans d’autres villes des Hauts Plateaux, mais Antanànambony est le seul site à former un bloc aussi uniforme. C’est une ville miniature bien structurée, peut-être même la mieux structurée de la Grande Ile. Celle-ci a eu la chance d’être épargnée par les dérives de l’urbanisme et est devenue une sorte de référence pour les chercheurs.

    C’est sur l’emplacement du village Betsileo d’Ivonea que Ranavalona I décida en 1830 de fonder une ville-relais entre Antananarivo et le Sud. Son mari Radama I y avait déjà campé lors de campagnes militaires mais n’avait jamais pensé à une implantation définitive. Ironie de l’histoire, la petite copie d’Antananarivo que voulut s’offrir la persécutrice de la religion chrétienne possède aujourd’hui la plus forte concentration d’édifices cultuels chrétiens de tout le pays. Tous ont été construits dans la deuxième moitié du 19ème siècle : Antranobiriky (1859), Ambalavao (1864), Randzavola Ivohidahy(1868), Imasombahoaka (1885), Andranosoalaza (1887), Ambozontany(1900).

    Difficile, pour parler de ce patrimoine et du tourisme fianarois, de trouver quelqu’un de plus indiqué que Jimson Heritsialonina de la Fondation du même nom. Il est aussi Président de l’Office Régional du Tourisme, mais peut-être plus pour longtemps « car il faut savoir passer la main », et propriétaire de l’hôtel Tsara Guest House à Ambatolahikisoa dans la montée vers Antanànambony la Ville Haute, sa passion…

    FAIRE DU NEUF AVEC DU VIEUX…

    « Les gens devaient me prendre pour un fou ! Il m’arrivait de rester des heures durant sur le trottoir à dessiner dans ma tête l’hôtel que je voulais construire à partir de cette vielle église désaffectée ».Car le Tsara Guest House, qu’Antoine avait cité parmi les hôtels qui l’ont le plus agréablement surpris, est un ancien temple Jesosy Mamonjy. Cette congrégation est connue pour ses goûts pour le gigantisme et elle ne tarda pas à émigrer quelque part dans l’anonymat de la Ville Basse. Le premier repreneur ne savait pas trop quoi faire de son encombrante acquisition qui finit par atterrir dans les bras de Heritsialonina et sa passion pour les vieilleries. « J’ai senti tout de suite qu’elle offrait beaucoup de possibilités. L’espace me donnait l’opportunité de tout réaménager à l’intérieur sans toucher l’extérieur ». Le style Jesosy Mamonjy est effectivement assez dépouillé et ne prévoit même pas de clocher. Les entrepreneurs voulaient tout raser et reconstruire à l’identique mais en mieux. Refus catégorique. « Ce que j’aimais, c’était ces briques anciennes, l’épaisseur des murs. Ne surtout pas tuer l’âme de la bâtisse en touchant à son authenticité ! » A l’intérieur par contre tout a été refait. Des bâtiments annexes ont été ajoutés ainsi qu’une terrasse vitrée. Dans la mesure du possible les matériaux et tout l’ameublement sont du Made in Fianar. La clientèle appartient à une catégorie fidèle à un certain art de vivre et le Tsara Guest House porte bien sa devise : seulement pour les personnes qui apprécient les bonnes et belles choses.

    VILLE MINIATURE BIEN STRUCTUREE

    Un peu plus haut que le Tsara Guest House, plus précisément au niveau de la cathédrale catholique d’Ambozontany commence « La » passion de cet opérateur : « si vous regardez une photo d’Antananarivo au 19ème siècle, vous verrez que c’est exactement Antanànambony ! Seulement cette dernière a eu la chance d’être épargnée par les dérives de l’urbanisme et est devenue une sorte de référence pour les chercheurs ». La Ville Haute forme un ensemble homogène de 500 toits. On trouve des constructions parfois plus grandioses et datant de la même période dans d’autres villes des Hauts Plateaux, mais Antanànambony est le seul site à former un bloc aussi uniforme. C’est une ville miniature bien structurée, peut-être même la mieux structurée de l’île avec ses strates correspondant initialement au statut social de ses habitants. Le Rova n’existe plus, et le temple protestant d’Antranobiriky peut être considéré comme le sommet de l’ensemble. Une Place James Andriamasinoro y a été inaugurée en Janvier dernier en l’honneur de celui qui fut un des plus célèbres pasteurs de cette paroisse. Inaccessible aux voitures, Antanànambony est, fait rare par les temps qui courent, un centre urbain encore préservé du banditisme. On y imagine mal des malfrats tenter de s’enfuir au vu et au su de tous, leur butin sur le dos ! Certes, et c’est là un des mystères d’Antanànambony, la Ville Haute est truffée de galeries souterraines qui peuvent être autant de voies de repli et l’ont effectivement été autrefois. Mais plus personne n’ose les emprunter, du fait du risque trop grand d’effondrement. Et pourtant, souligne Jimson Heritsialonina, « elles peuvent réserver des surprises car certaines desservent de véritables chambres souterraines qui gardent leurs secrets… »

    UNE ZONE D’INTERET HISTORIQUE ET ARCHITECTURAL

    La Fondation Heritsialonina, financée en partie par le Tsara Guest House et les contributions de certains partenaires dont des ambassades, se donne pour missions la protection, la sauvegarde, la valorisation, la restauration et l’entretien de la Ville Haute en harmonie avec les intérêts de sa population. Au départ se souvient l’opérateur, « cette population ne se sentait pas du tout concernée. Certains ne rêvaient que de descendre vivre dans la Ville Basse, d’autres de tout raser et construire à la place ces affreuses constructions carrées que l’on dit modernes ». Un travail de longue haleine, soutenu par un arrêté municipal faisant d’Antanànambony une zone protégée d’intérêt historique et architectural. « On a expliqué, montré des images de vieux quartiers en Europe pour essayer d’inculquer la fierté de vivre dans un quartier-patrimoine et surtout d’en être les propriétaires ». Cela a fini par marcher ! Untel s’est mis à ajouter un parterre dans sa courette, le voisin à restaurer son balcon et à l’agrémenter de plantes en pot… Antanànambony n’est plus une cité-dortoir mais un vrai lieu de vie. Pour valoriser l’ensemble et attirer les visiteurs, des accompagnements ont été encouragés sous forme de boutiques, de snacks, de chambres d’hôte. C’est le cas d’Imanoela, un petit snack que Mariette Ramahafenosoa a ouvert tout en haut de la rue centrale pavée. Un havre de paix pour les touristes qui y trouvent soupes et gâteaux, sandwiches, jus naturels et fromages de chèvre…La patronne avoue : « je ne pensais pas réussir car je ne connaissais rien à la restauration ! J’ai fait un emprunt de démarrage auprès du Programme de Sauvegarde de la Vieille Ville, et j’ai pu le rembourser avant les délais prévus».

    DE GRANDES CHOSES A PARTIR DE PETITES…

    Le programme de Sauvegarde de la Vieille Ville dirigé par Sophie Rasoamampianina est un démembrement de la Fondation- mère laquelle a actuellement pour première responsable Nania Andriampenomanana. Un troisième nom doit leur être associé, celui de Karen Freudenberger rentrée aux Etats Unis et qui à un certain moment s’occupait de la réhabilitation du FCE avec l’USAID. Cette américaine qui fut fianaroise pendant une dizaine d’années s’est associée avec la Fondation Heritsialonina pour la mise en place du PSVV. « Nous voulions sauver le patrimoine mais aussi améliorer les conditions de vie de la population. Des gens qui ont quitté le quartier ont même pu être convaincus d’y revenir ». Les deux entités, très complémentaires, se partagent les tâches : les grands projets et travaux d’envergure pour la Fondation, le quotidien de la Vieille Ville et de ses habitants au PSVV. Entrent dans cette catégorie les réfections de toiture (il reste quelques poches de tôle qu’il faut absolument éradiquer), l’aménagement de petites places, la formation de guides, la vulgarisation des WC-compost en partenariat avec le Catholic Relief Service. Tout simple mais il fallait y penser : il s’agit d’aménager deux cabines avec chacune sa fosse, une qu’on utilise et l’autre en attente. Quand la première est pleine, on la laisse en l’état et au bout de deux ans au maximum le contenu est devenu du bon engrais sec, utilisable et sans odeur. Pour toutes les réparations, J.Heritsialonina est catégorique : on demande toujours une participation des habitants car il est prouvé que ce qui est gratuit n’incite guère à l’entretien de la part des bénéficiaires. « Mais ce n’est jamais en fonction de ce que coûtent les travaux, mais de ce que eux ils peuvent apporter ».

    UN SITE PROTEGE MONDIALEMENT RECONNU

    Retour sur image, nous sommes en 2008. L’évènement est passé inaperçu sur le plan local alors que, cette année là, la Vieille Ville de Fianarantsoa a intégré la liste des 100 sites les plus menacés du World Monuments Watch. Lancé en 1995, ce Programme d’assistance du World Monuments Fund basé à New York attire l’attention internationale sur les sites du patrimoine culturel mondial menacés par les conflits armés, les cataclysmes naturels, le vandalisme, la négligence, ou tout simplement le manque de moyens. Le Programme a été mis sur pied grâce à un partenariat entre World Monuments Fund et American Express qui a contribué à hauteur de 10 millions de dollars durant les 10 premières années.

    Les sites sont sélectionnés par des experts indépendants à partir de soumissions faites par des gouvernements, des ONG et autres professionnels de la préservation. Toutes les périodes de l’histoire sont éligibles, de l’Antiquité à l’ère moderne, et peuvent concerner aussi bien des sites archéologiques que des ensembles résidentiels, des paysages culturels que des travaux d’ingénierie. Au cours des 10 premières années du Programme, 374 sites ont été inscrits sur 5 listes renouvelées tous les 2 ans. Dans celle de 2008, Antanànambony côtoie des sites de pays et contrées aussi divers que la Turquie, le Pérou, la Jordanie, la Slovaquie, l’Azerbaïjan et même l’Antarctique !

    AU CŒUR D’UN TOURISME MULTICOLORE

    Ainsi va Antanànambony la Ville dans la Ville, une exclusivité fianaroise auprès de laquelle beaucoup passent malheureusement sans s’arrêter. Un petit déficit d’information peut-être, auquel l’Office Régional aura à cœur de remédier. Son tourisme a tenu à garder son qualificatif de « multicolore » comme du temps où il avait aussi la charge de l’Ihorombe, de l’Amoron’i Mania, du Vatovavy Fitovinany. Il a par contre toujours compétence sur Ikalamavony, Ambalavao et surtout l’Andringitra qui est un véritable réservoir de traditions et de ressources écotouristiques. Culture et écotourisme sont les deux mamelles du tourisme fianarois qui compte le plus de zones communautaires protégées de tout Madagascar. Il devrait aussi pouvoir s’y ajouter le tourisme religieux, un concept qui s’exploite sans fausse honte à Lourdes comme à Manille. Soatanàna et ses Fifohazana ont toujours été ouverts aux visiteurs que leurs rites refusant toute allégeance extérieure ne manquent pas d’impressionner. Le démon de la division y a malheureusement fait escale et Soatanàna est aujourd’hui scindé en deux clans que tout oppose. Et pourtant les chapeaux à large bord, les toges d’un blanc immaculé et les cantiques sont les mêmes d’un côté comme de l’autre. Dieu arrivera-t-il à reconnaître les siens ?

     

     

     

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